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Coup de coeur: lecture d’octobre

Jusqu’à la lecture de l’ouvrage « Je suis l’une d’entre elles – La première génération de personnes conçues par PMA avec don témoigne » recueillant une trentaine de témoignages sur le don de gamètes, je n’avais pas conscience des problématiques rencontrées par les enfants issus de cette technique.

Pour moi, le don était l’ultime solution pour les parents infertiles et désœuvrés devant leur incapacité à pouvoir donner la vie et élever leur enfant. Pour moi, le don de gamètes était une bénédiction.

Dans ce livre, on apprend que le don reste une chance inouïe aux couples qui s’aiment de pouvoir concrétiser leur amour, de pouvoir vivre une grossesse, de pouvoir donner toute leur attention et leur tendresse à un petit être depuis sa naissance. Mais on prend aussi conscience que pour qu’un don fonctionne sur la durée sans impact négatif sur la famille et surtout les enfants, certaines barrières demandent à être levées.

Il a été longuement recommandé aux parents de taire la méthode de conception à leur enfant. Il est aujourd’hui impossible en France de connaître l’identité ou tout du moins les antécédents médicaux, les origines ou les traits physiques des donneurs. Sans anticiper les conséquences sur les enfants nés de ces dons.

A travers les différents témoignages, on réalise que la plupart d’entre eux ont souffert du silence autour de leur conception. Une souffrance accentuée par un sentiment de malaise généré par la différence physique avec leurs parents et par le comportement distancié souvent inconscient de ces derniers. Un comportement compréhensible car emprunt de crainte devant la possibilité du secret dévoilé et de la fuite de l’enfant tant désiré.

Mais voilà qui est un secret pour personne, et Emile Zola le disait lui-même : « Quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion, que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle ». Dans ce contexte, l’explosion de la vérité éclate à la figure des enfants avec parfois du soulagement, souvent de l’incompréhension quant au silence imposé jusqu’ici, mais toujours des questions : « Qui est mon père biologique ? quelles sont ses origines ? Ai-je des demi-frères ou des demi-sœurs ? ».

Une course à l’identité débute alors, comme la recherche d’un membre perdu, d’un vide en eux ; une béance qui restera ouverte tant que l’anonymat des donneurs restera de mise. Certains se demandent alors s’il n’est pas mieux de proposer aux donneurs le choix de l’anonymat. D’autres se disent que pour aider les enfants à se construire, certaines informations nécessaires à la compréhension de leur identité doivent être révélées.

Au-delà du mensonge qui doit indéniablement être levé sur le mode de conception, certaines questions autour de l’anonymat restent donc de mise.

Finalement, malgré ces écueils, les enfants issus de dons de gamètes sont unanimes sur un point : l’amour pour leurs parents « d’intention » ne sera jamais remplacé pour celui d’un père ou d’une mère biologique. Mais la connaissance de ces derniers est un élément crucial pour eux afin de s’accomplir totalement.

Voici quelques passages « coups de poings » et qui m’ont marquée :

« L’anonymat, dès le départ, force et impose le secret. Dans une famille mal accompagnée ou qui n’a pas les clés pour bien l’appréhender, cela créé beaucoup de tension, de mensonges, de maladresses et de souffrances » Vanessa, née par don de sperme en juin 1986

« Je ne suis pas à la recherche d’un père, j’ai déjà un père qui m’a pris dans ses bras, encore tout chaud sorti du ventre de ma mère, qui m’a appris à lire l’heure sur une montre à aiguilles […] qui m’a aimé et porté de façon inconditionnelle tout au long de ma vie et jusqu’au bout de la sienne. […] Qui peut penser qu’il est souhaitable qu’un enfant ne connaisse jamais ses origines ? Qui peut dire à ses parents qu’il vaut mieux cacher à ses enfants leur mode de conception ? […] Les secrets ricochent de génération en génération et cet anonyme absent et pourtant si présent ricochera certainement chez les enfants issus de parents  IAD (Insémination avec donneur). » Guillaume, né par don de sperme en 1983

« Après cette révélation, j’étais sous le choc. Personne n’est réellement préparé à ce genre de révélation, même si j’avais des doutes sérieux sur ma conception. Dans un premier temps, vous restez groggy […]. Dans un second temps, un sentiment de bonheur m’a rapidement envahi, je savais enfin cette fichue vérité […] Mes parents aussi semblaient soulagés, soulagés de cette vérité qui éclatait, de ce poids qui fondait. Je réaliserai plus tard que ce secret était en réalité une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, qui pousse nombre de couples à se séparer ». Clément, conçu par don en 1988 à Paris

« Je considérais comme important en tant que donneur d’apporter du bonheur à ces couples, mais je ne souhaite pas que mon geste puisse éventuellement nuire à leurs enfants. La conviction actuelle est qu’il faut en finir avec l’anonymat absolu du donneur tel qu’il est pratiqué aujourd’hui. Selon moi, le couple receveur et leurs enfants devraient avoir le droit, s’ils en font la demande, d’obtenir au moins certaines informations sur le donneur (par exemple les antécédents médicaux). » Frédérique, donneur né en 1980

« D’une certaine façon, tu me manques terriblement. Pas comme un « papa », j’en ai déjà un […], mais tu me manques pour construire définitivement mon identité. Et je ne veux pas transmettre à mes propres enfants un vide, cet affreux vide. »  Cassandre, née par don de sperme