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13 octobre 2019 – Le temps arrange à peu près tout

FIV : 2 – Transfert : N° 5 – Embryons : 6ème et 7ème – NEGATIF

La digestion est difficile. On dit que le temps arrange à peu près tout, cela prendra du temps pour moi de réaliser que mon chemin de croix n’est pas encore terminé. Je ne sais pas combien de jours, de mois, d’années cela demandera encore. Je ne sais pas combien d’efforts, de douleurs physiques, de crises de nerfs, de larmes d’épuisement cela représentera.

Pour l’heure, j’accuse le coup, j’arrête les traitements le temps que le premier jour de mes menstruations arrive et que je puisse enchaîner de plus belle. Il nous reste un embryon congelé. Un seul sur cette 2ème tentative de FIV. Ensuite il faudra tout recommencer : les piqures d’hormones, la ponction, les œstrogènes, la progestérone et le transfert. Un protocole que je connais par cœur mais qui me donne la nausée, au sens propre comme au figuré.

Alors je respire un grand coup, je prends de l’oxygène et me blottit contre lui. C’est lui mon oxygène, mon roc. Celui qui me relève quand je tombe, qui sèche mes larmes quand je pleure, qui hausse la voix quand j’ose lui dire qu’il pourrait devenir papa sans moi. C’est dans ces moments de peine intense que je réalise la chance que j’ai de l’avoir à mes côtés. Chaque coup de poing que je prends dans le ventre à la lecture des résultats nous le prenons à deux mais lui ne cède jamais. Il se relève toujours avant moi, me tendant la main, me ramenant à lui pour m’encourager à relever mes poings et continuer la bataille.

C’est lui encore qui, hier soir, se lève de table à l’écoute d’une musique qu’il apprécie pour monter le volume et danser sur la piste carrelée de notre cuisine. Je souris. Il n’y a que lui pour activer mes zygomatiques alors que mon cœur saigne. Je le rejoins et danse avec lui, mêlant mes larmes à cette heureuse symphonie.

Alors oui, certains diront que nous n’avons pas de chance, que nous sommes maudits de ne pouvoir concrétiser tant d’amour par la mise au monde d’un être de notre sang mêlé. Et moi je réalise notre chance de nous être trouvés. Notre force, notre harmonie, notre respect mutuel, notre amour spirituel et charnel est un don, une bénédiction. C’est surement pour cette raison que cela demande autant d’efforts pour mettre au monde notre enfant : il sera parfait, lumineux et il faut assurément du temps au monde pour accepter un tel bouleversement.

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11 octobre 2019 – Je l’avais bien dit…

Résultats FIV N°2 – Transfert N°5 – 6ème et 7ème embryons.

J’ai la haine. La colère s’insinue peu à peu dans mes veines tel un poison brûlant mes entrailles. J’ai envie de hurler, de crier des insanités, de cracher à la gueule de toutes celles qui réussissent là où moi j’échoue inévitablement. Mon rêve s’éloigne à mesure que je m’approche pour le toucher du doigt. Je suis aimantée à la merde. Mon corps est vide et c’est bien ça le problème. Je m’obstine à vouloir le remplir mais il rejette ce que je lui donne. Je lui sers de beaux embryons, et il les régurgite comme un ivrogne déversant les restes de son diner après une soirée trop arrosée. Mis à part que moi je m’abstiens de boire, j’ai arrêté de fumer, je ne fais plus de sport pour maximiser les chances que le fœtus s’accroche. Mais il ne s’accroche pas. Non, il préfère d’autres ventres parfois bien moins soignés que le mien. Je fais tout pour qu’il soit le plus accueillant possible : multiples opérations de l’utérus ; piqures de decapeptyl pour me mettre en ménopause artificielle et faire que l’endomètre se reconstruise sans endométriose ni adénomyose ; ovules de progestérone, gélules d’estrogène et j’en passe. Une bataille que je pense gagnée à chaque transfert et qui se conclut inlassablement par la déroute et le vide.

Malgré tout l’optimisme qui m’habite 90% du temps, il reste les 10% qui me minent à chaque fois que le signe négatif de mon test de grossesse s’affiche. Ces moments où toute la psychologie positive assimilée n’est rien face à la colère qui m’envahit et l’injustice qui me gagne. Ces périodes où je rêve de tout envoyer valser, de cracher sur le monde, de hurler ma peine, de cogner contre les murs de ma douleur. Quand la solitude est telle qu’on a envie de disparaître pour ne plus avoir à se justifier de ne pas être comme les autres.

Ne pas répondre à ce qui reste dans la tête des gens la fonction première de toute femme sur terre : la reproduction, la transmission par l’amour et le sang, est éprouvant. A chaque nouvel échange on sait que la question des enfants viendra tôt ou tard mettre un blanc dans la conversation. On sait que sans justification la réponse sera incomprise et on sait aussi que la justification jettera un froid de gêne et clôturera rapidement l’entretien.

Le reste du temps je me convainc que j’ai une autre mission dans cette vie : défendre le droit des femmes à ne pas devenir mère quelle qu’en soit la cause, à les accompagner pour ne plus vivre avec ce fardeau et à répandre le message que la vie peut nous réserver d’autres belles surprises quand celui de donner la vie nous semble compromis.

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09 septembre 2019 – Quand le pessimisme s’invite

FIV : 2 – Transfert : N° 5 – Embryons : 6ème et 7ème

La PDS est prévue demain. J’ai un mauvais présentiment. Comme si je m’étais habituée à la déception, comme si ma tête était dorénavant incapable de penser le meilleur, comme si au fond de moi je me préparais à ce que cela n’arrive jamais.

J’apprends à voir le positif en toutes choses mais je suis aujourd’hui incapable de le visualiser sur un test de grossesse. A force de cumuler les chutes, on se protège du pire et on l’envisage tout le temps. C’est ma routine, mon fardeau, mon chemin de croix. Ce qui me dérange c’est que je ne suis pas seule dans l’histoire. Mon homme est là aussi et en pleine santé. C’est moi le souci, je suis le problème. On a beau appliquer les méthodes de la pensée positive en toutes circonstances, il faut appeler un chat un chat. Alors je le fais pour lui en priorité, pour nous ensuite. Car je suis fatiguée et mon corps aussi. Je refuse de me médicamenter quand j’ai un rhume, je me soigne à la tisane, au citron et au miel ; je me couche quand j’ai mal au crâne jusqu’à ce que ça passe, rejetant catégoriquement le paracétamol. Je dis non à toute médecine contraire à la nature, estimant que mes anticorps feront le nécessaire, mais je m’inflige des piqûres d’hormones, des ovules de progestérone et des cachets d’œstrogène. Je suis une poule aux hormones. Je me vois dans ce poulailler géant, pullulant de poules pondeuses, des œufs à la pelle et moi, déplumée à force d’être rejetée par le reste de la communauté, je tente d’en pondre un, ne serait-ce qu’un seul pour me prouver que je suis normale, pour leur monter à toutes que moi aussi je peux le faire. En vain.

Alors j’attire l’attention autrement, je piaffe, je coure, je danse sur mes deux pattes pour distraire, et cela fonctionne. On m’accepte peu à peu telle que je suis dans la bassecour jusqu’au jour où le fermier, las de ne pas obtenir satisfaction, me coupera la tête, laissant le reste de mon corps courir dans tous les sens jusqu’à s’effondrer, inerte.

Chacun se fera sa propre interprétation. Pour le moment je fais illusion, j’anime, je souris, je relativise, je vois le verre à moitié plein, arguant que ma mission est sûrement autre que celle de procréer dans ce bas monde. J’accueille les signes, tous les signes, je saisis les opportunités, toutes les opportunités, je fonce tête baissée sans réfléchir, ne laissant que mon cœur me guider, ma tête étant trop fatiguée. Je m’empêche de réfléchir, je suis mon instinct, jusqu’à l’épuisement. Quand il arrive, je cris, je pleure, je jette, je casse, je me couche et une fois la crise passée, je recommence comme si de rien n’était. Un cercle vicieux où le repos est banni, un cercle vertueux où l’action est omniprésente, la découverte constante, les rencontres incessantes. Pour le moment c’est tout ce qu’il me reste pour tenir debout.

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08 juin 2019 – Injustice

2ème FIV – 3ème transfert – 3 embryons – 3 échecs.

Ça pique. Mes yeux, mon cœur, mon ventre, ma tête. Comme ces aiguilles pénétrant dans ma chair pendant un mois. Un processus long et douloureux que j’ai enduré deux fois. On ne dit jamais deux sans trois ; cet adage sera-t-il valable aussi pour moi ? Suis-je condamnée à devoir me mutiler, à martyriser mon corps pour atteindre le rêve que tant de couples parviennent à réaliser sans aucune difficulté ? Certains n’ont rien demandé, le saint graal leur est donné alors même qu’ils n’ont surmonté aucun obstacle ni prouvé aucune légitimité à le gagner.

On crie à l’injustice ! On s’étonne de cette incohérence et l’incompréhension n’en devient que plus forte et la colère plus vive. Je les contemple souvent ces ignorants. Au parc, dans la rue, dans le métro ou chez le boulanger. Ils arborent, fièrement ou non d’ailleurs, leur trésor sans réaliser ne serait-ce qu’une seconde à quel point ils ont de la chance.

Moi, je serais aux aguets en permanence. Trop peut-être. A force d’échecs, la victoire n’en est que plus jouissive et la peur de la voir s’échapper plus intense encore. A en devenir étouffante ? C’est un risque qu’il faut éviter. Alors c’est décidé, la prochaine tentative sera la bonne. J’y retourne plus déterminée que jamais, l’épreuve je la connais par cœur dorénavant et je ne serai plus prise au dépourvue. Personne ne m’annoncera vaincue. Ces aiguilles ne perceront pas ma bulle d’optimisme et je vais le gagner cette fois, mon Bébé.

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29 mars 2019 – Cultiver sa différence pour mieux l’accepter

L’interdit nous attire. Comme un remède à la morosité, une façon de nous démarquer ou en tous cas de le penser. Sortir des codes qu’on nous impose sans qu’on s’en rende compte, être différent des autres, libre d’être soi, de n’être comme personne d’autre. Pour pouvoir exister.

Exister pour qui ? Pour quoi ? Le regard des autres. Un piège dans lequel on tombe sans s’en rendre compte. Un virus qui se propage et nous contamine. Ne pas rentrer dans les cases et c’est un drame, une ineptie. Se forcer à rentrer dans le moule pour ne pas être rejeté. De qui ? De quoi ? Des autres.

La solitude et le rejet nous effraient quitte à oublier qui l’ont est. Ne pas vouloir être seul, jamais. Etre seul ou se sentir différent, on en a peur et pourtant c’est ce qui nous fait grand. La solitude est parfois un remède à la morosité, une clé à la créativité dans un monde qui semble s’en dénuder.

Ne pas être marié à 30 ans et c’est une bizarrerie ; être en couple depuis plus de 10 ans sans enfants et c’est une étrangeté, une incompréhension généralisée. Ce sont ces idées préconçues qui nous consument et nous tuent.

Et si on vivait pour nous au moins une journée dans sa vie ? Si on écoutait notre petite voix qui nous pousse à écouter nos envies ? Vous feriez quoi, vous, de ces 24 heures de répit ? Nous sommes tellement mal habitués à cette nouvelle liberté que plus de la moitié d’entre nous prendraient le temps de cette journée pour trouver comment s’occuper.

Fermer les yeux, respirer à plein poumons, détendre ses paupières, ses mâchoires, ses épaules. Etendre ses jambes, les yeux toujours clos. Et profiter du moment présent, de cette pause de béatitude comme un arrêt du temps.

C’est ce que je fais à présent, une cigarette à la main alors que je n’en ai pas consommé depuis plus de 2 ans. Un interdit auto proclamé suite à de nombreuses interventions chirurgicales et gynécologiques. Ne plus fumer pour se donner une chance de donner la vie, de procréer.

J’ai 34 ans et je pleure à pleines larmes quand je suis alcoolisée tellement j’ai peur de ne pouvoir enfanter. Quand je suis sobre je ne pleure pas. Moi, faible ? Jamais !

Quasiment toutes mes amies sont mères de famille aujourd’hui et moi, pour combler le vide et me sentir moins différente, j’ai décidé de reprendre des cours intensifs de théâtre dans une école réputée où la moyenne d’âge avoisine les 25 ans. 9 heures de cours par semaine, 9 heures pour oublier l’image que je véhicule à l’extérieur de ce cocon dans lequel les gens ne me jugent pas. On joue, on s’imprègne d’une autre personne, on sent des émotions envahir notre esprit et tous nos membres avant d’exploser tel un orgasme quand la scène prend fin.

Et on reprend sa vie, son quotidien.

La vie semble bien fade alors, dehors.