Catégories
Journal

22 octobre 2019 – Un enfant est un acte d’amour

L’autre soir, je regardais une émission relatant les faits d’actualité et notamment un sujet sur la PMA. Une femme interrogée dans la rue et participant à la manifestation anti PMA s’égosillait à qui veut l’entendre qu’un enfant ne doit être la résultante que d’un acte d’amour entre un homme et une femme.

Ces mots me touchèrent en plein cœur. Comment expliquer à des gens qui n’ont a priori pas connu de difficulté pour enfanter que leur chance n’a pas été distribuée à tout le monde ? Comment leur faire comprendre qu’il y a eu sûrement beaucoup plus d’actes physiques que la moyenne pour ceux qui se tournent finalement vers la science ? Comment rendre évident qu’affronter moult traitements, jugements, douleurs physiques et morales, attente insupportable, échecs, tristesse pendant des années sans jamais lâcher, représente un plus grand acte d’amour que de seulement s’accoupler ? Quand ces gens réaliseront-ils qu’un amour n’est pas seulement physique, qu’un enfant n’est pas uniquement la résultante d’un acte sexuel ?

Certaines personnes se battent durant tellement longtemps pour devenir parents que le petit être tant désiré devient la prunelle de leurs yeux quand il se décide enfin à montrer le bout de son nez. Un enfant accueilli dans ces circonstances est définitivement celui d’un amour sans faille. Son arrivée après tant d’épreuves ne peut être que celui d’un amour inconditionnel dont certains parents « normaux » devraient probablement prendre exemple.

Catégories
Journal

19 octobre 2019 – ORIUS

 

En surfant sur le net, j’ai découvert une psychanalyste thérapeute comportementaliste spécialiste de l’infertilité. Auteure du « Rebirth Intra Utérin », son approche a attiré mon attention et notamment celle des consultations en duo Gynéco-psy. Cela permet d’avoir un avis global (corps et psychique) en une consultation afin de trouver la cause d’infertilité du patient. C’est la première fois que je constatais une prise en compte psychologique de l’infertilité au même titre que physique, les médecins étant la majeure partie du temps davantage focalisés sur le corps plutôt que sur l’esprit.

La partie « physique » de mon problème ayant été largement analysé depuis mon enfance, je décidais de contacter Valérie pour faire une séance en tête à tête. RDV pris 2 jours plus tard. Simple, rapide et efficace. A mon arrivée dans son cabinet, elle m’accueille tout sourire, yeux bleu clair étincelants, vêtue de jeans et d’un pull. Elle est avenante et familière, un moyen pour elle de me faire sentir comme à la maison, chez maman. Une méthode somme toute efficace étant donné l’objectif de retomber en enfance pour comprendre mes blocages éventuels à tomber enceinte.

Je m’assois confortablement dans un canapé en face d’elle et la consultation démarre aussitôt. Après avoir compris en quelques mots l’objet de ma venue, elle s’intéresse immédiatement à ce qu’elle appelle « le 1er nœud » du problème : celui qui survient pendant la grossesse de notre maman, quand nous étions fœtus. Selon Valérie, nous ne nous rappelons pas cette période de notre existence mais elle est bel et bien enregistrée dans nos cellules. Ainsi, toutes les maladies infantiles que nous pouvons contracter ou tout le mal-être que nous pouvons ressentir sans pouvoir l’expliquer proviennent de là. Difficile donc de savoir ce qu’il s’est passé sans questionner la 1ère personne intéressée : ma mère.

La 1ère consultation a ainsi permis de lister les questions nécessitant des réponses pour toucher du doigt le problème et dénouer ensuite le nœud. Ma maladie infantile étant rare et inexpliquée, j’ai sondé ma mère le soir même pour découvrir des éléments cruciaux et mieux comprendre la source éventuelle de mes maux. Valérie, en une seule consultation, m’a permis d’ouvrir les yeux sur des épisodes de mon enfance que j’ignorais et qui pourtant ont impacté ma mère enceinte et donc, moi. C’était, là encore, la première fois que je pratiquais cette méthode, alors que j’estime avoir beaucoup consulté de professionnels de santé physique et psychique ces 5 dernières années.

Lors de la deuxième consultation, j’avais le choix : une séance simple pour prendre conscience du problème et le faire accepter par mon inconscient ou alors tester la fameuse méthode O.R.I.U.S fondée par Valérie. Un choix qui dépend surtout du budget du patient car la différence de prix est notable : la séance simple est de 120€ et celle d’O.R.I.U.S de 500€.

Je choisissais sans hésiter la 2ème méthode, décidant de me limiter sur d’autres achats plutôt que sur la possibilité de pouvoir donner la vie. Valérie me fit faire un voyage dans le temps, de retour dans le ventre de ma mère afin de procéder à ma renaissance. Allongée sur le divan, bien au chaud, je fermais les yeux et plongeais dans ma bulle de bien-être.

Après une heure de séance, je me sens légère, sereine et détendue. Je ne sais pas combien de temps cela va durer ni quel impact cela aura sur mon prochain transfert mais je repars sans regret, enrichie de nouvelles réponses quant à mon mal et convaincue d’avoir tout fait pour donner les chances à notre projet de vie d’aboutir.

Une seule sensation mitigée subsiste : celle du coût de la méthode. Pour une heure de séance, aussi révolutionnaire soit elle, ce dernier me semble excessif. Quel que soit le résultat, positif ou non, un tarif moins élevé permettrait sûrement à davantage de femmes d’avoir accès à cette thérapie innovante et enrichissante.

Catégories
Journal

16 octobre 2019 – Hypnothérapie

Sous les conseils de mon homme, je suis allée voir une hypnothérapeute. Malgré ma curiosité pour les techniques de développement personnel, j’étais assez sceptique. Etant constamment dans le contrôle, je ne voyais pas comment mon esprit pourrait répondre favorablement à cette thérapie brève qui consiste justement à se laisser guider, les yeux fermés, par un inconnu.

Considérant que le périple de la FIV nous concerne tous les deux et que donc mon corps appartient autant à mon mari qu’à moi, j’acceptais de prendre RDV. Le choix du professionnel me revenant, je choisis une femme, ancienne infirmière reconvertie et donc habituée au milieu hospitalier dans lequel nous étions baignés depuis des années.

Musique douce, ambiance calme et zen propice à la détente et au fameux « lâcher prise », je me suis sentie tout de suite à l’aise dans son cabinet. Isabelle m’a accueillie à l’heure et tout sourire, avec ce regard bienveillant qui rassure en quelques secondes. La séance commence par une phase de découverte de mon histoire, à la fois celle pour laquelle je suis là mais aussi celle qui fait que les blocages sont présents alors même que certains éléments de mon passé peuvent ne pas me sembler importants à évoquer. Isabelle pose des questions ouvertes, sans jugement, pour mieux me connaître et choisir l’exercice d’hypnose qui sera le plus approprié pour moi.

Ayant déjà beaucoup analysé mon passé et compris la source de mes blocages, cette introduction à la séance d’hypnose n’a pas été une révélation mais permet tout de même de remettre des mots sur les maux responsables de mes difficultés du moment. Une façon de continuer le process de résilience commencé quelques années plus tôt.

S’ensuit l’exercice d’hypnose choisit par Isabelle et adapté à mon profil, mon histoire. Pour moi il s’agira de l’exercice des mains. Assise, je les place devant moi en les regardant attentivement. La voix d’Isabelle me guide et m’encourage à observer chaque détail de mes mains, leurs similitudes et leurs différences, jusqu’à ce que ces dernières restent ancrées dans ma mémoire. Je suis alors invitée à fermer les yeux et à faire remonter toutes les choses positives de ma vie et du processus actuel, sans réfléchir, juste en me laissant guider par la voix d’Isabelle et à les déposer dans ma main droite. Ma main gauche à l’inverse, accueillera toutes les difficultés rencontrées. Au fur et à mesure de l’exercice, je ressens tour à tour des sensations de chaleur, de bien être, des picotements, et je laisse mes mains se refermer peu à peu et se déposer sur mes genoux, doucement, à leur vitesse, comme si je ne pouvais pas les contrôler, tels des aimants magnétiques attirés très lentement par mes membres inférieurs. Le corps parle, le cerveau ne commande plus.

Je ne saurais dire combien de temps a duré l’exercice ni l’effet que cela aura eu sur mon psychique. Néanmoins, je suis ressortie apaisée et légère de cette séance. Certains épisodes enfouis de ma vie et notamment de mon enfance ont resurgit et m’ont permis de voir de nouveau le verre à moitié plein. Selon Isabelle, cette séance résonnera en moi encore quelques jours, l’idéal étant de s’observer et de s’écouter pour mieux accueillir les sensations.

De cette expérience, j’en retiens une sensation de bien-être et de détente, une certaine légèreté qui permet de se reconnecter à soi. Je ne sais pas si cela aura finalement un impact positif sur le dernier transfert de notre 2ème FIV mais cela aura eu le mérite de m’aider à retrouver une certaine sérénité.

L’hypnose étant une thérapie brève, une séance peut être suffisante pour se sentir mieux. J’en ferai peut-être une deuxième afin de ressentir cette plénitude avant le jour J.

Catégories
Journal

15 octobre 2019 – Une vie sans enfants

Hier nous avons imaginé notre vie, notre avenir sans enfant. Une façon comme une autre de relativiser la situation, de ne pas réduire notre bonheur à un être qui potentiellement ne viendra pas.

Intérieurement, je ne lâche pas et maintenant que la douleur s’apaise, je dirais même que je sais que nous deviendrons parents, nous y arriverons. D’après les statistiques, 90% des couples en France réussissent à avoir un enfant naturellement au bout de 2 ans et sur les 10% de français ayant des difficultés à concevoir naturellement, moins de la moitié d’entre eux rencontrent un réel souci de fertilité et entament un protocole de PMA. En moyenne cela prendra 5 ans pour parvenir à la naissance de l’être tant désiré et finalement, seuls 3% des couples n’auront jamais d’enfant en France dont ceux qui ne souhaitent pas en avoir. Je ne vois donc pas pourquoi cela ne fonctionnerait pas pour nous.

Mon périple pour donner la vie a débuté il y a 5 ans maintenant avec le fameux IRM pelvienne mettant enfin un nom sur ma maladie. Les FIV, quant à elles, ont démarré en avril 2018. Cela fait seulement 2 ans. Ce n’est pas si long comparé à d’autres couples. Je discutais hier avec une amie qui m’expliquait qu’une de ses cousines avait été suivie pendant plus de 10 ans sans succès. C’est une fois qu’elle et son mari ont pris la décision d’arrêter le protocole et de profiter de la vie à deux qu’elle est tombée enceinte naturellement de…jumeaux.

Reboostés par cette belle histoire de vie et légèrement honteux de notre déprime après si peu de tentatives, nous nous prenons donc au « jeu » de la visualisation d’une vie sans enfant. La notion de jeu peut en étonner plus d’un mais cela permet justement de perdre le contrôle de la situation et donc de se libérer l’esprit en évoquant une vie différente et pas si dramatique finalement.

On se voit alors faire de nombreux voyages dans ces pays qui nous sont aujourd’hui interdits à cause du virus ZIKA. Etant de grands voyageurs, nourris par les découvertes culturelles, cet aspect de la FIV fait partie de ceux qui nous frustrent le plus au-delà de la douleur physique et morale éprouvée. On se voit sur les routes sinueuses en camping-car et en pleine mer sur un voilier ; j’aperçois des dauphins et des baleines ; nous sommes tantôt sous les tropiques, tantôt dans la montagne à grimper en haut des sommets, accueillis par les habitants des villages environnants. La rencontre avec les locaux a toujours été ce que je préfère dans les voyages. Prendre conscience de leur mode de vie, leur histoire et leurs coutumes. Je réalise à présent combien cela me manque. Nous faisions deux grands voyages par an minimum, notre échappatoire au tumulte de la ville et du stress quotidien.

Je vois les yeux de mon homme qui se remettent à briller, un sourire se dessiner sur ses lèvres laissant apparaitre ses rides d’expression que j’aime tant. La simple évocation d’un avenir proche de la nature et riche en découvertes nous emplit de nouveau d’espoir. Notre futur sera beau, riche en expériences en tous genres et en rencontres extraordinaires. Il me regarde et ajoute « Et si nous avons un enfant, on le fera avec lui ». Parce que l’espoir est comme un aimant et nous sommes magnétiques, indéniablement.

Catégories
Journal

14 octobre 2019 – Insomnie ou la peur du vide

Réveillée à 3h12 du matin par une envie irrépressible d’uriner et impossible de me rendormir. Je pense à tout, je ne pense à rien. Je vais sur Leboncoin pour regarder des meubles, et dix minutes après je vais sur Linkedin pour voir quels types de missions de conseil j’effectuerai prochainement.

Être dans l’action, constamment, pour éviter de cogiter, pour faire taire toutes ces voix dans ma tête qui me disent tout et leur contraire dans une seule et même réflexion. Je m’épuise seule, mon cerveau part dans tous les sens et surchauffe. Penser à tout sauf à ça.

On me dit de lâcher prise, expression galvaudée qui ne veut rien dire. On me dit d’arrêter d’être dans le contrôle, de laisser la vie me surprendre et ne pas tout planifier pour mieux laisser les opportunités se présenter à moi, les identifier et les (ac)cueillir comme il se doit.

J’ai toujours été dans le contrôle, depuis l’enfance : un moyen de me protéger du tumulte extérieur. Je me suis jetée corps et âme dans les études pour faire face au divorce de mes parents ; j’ai repoussé toutes relation amoureuse jusqu’à mes 21 ans pour me protéger du risque d’être malheureuse ; j’ai longtemps choisi l’observation et le silence en société pour ne pas laisser entrevoir le rouge me monter aux joues trahissant ma timidité maladive ; j’ai souvent évité de rentrer dans les détails de ma vie privée pour ne pas évoquer mon père dépressif et alcoolique. Il m’a fallu du temps et de la patience à l’homme qui m’accompagne aujourd’hui pour briser cette carapace et laisser entrevoir qui je suis.

Alors quand on me dit de baisser la garde tandis que je fais de nouveau face à une épreuve générant des doutes sur ma capacité au bonheur et de l’incompréhension chez les gens qui ne me connaissent pas, j’ai beaucoup de mal. Ne pas être mère à 35 ans aux yeux des gens ce n’est pas normal.

Ma gestion des difficultés se résumant à l’action permanente pour ne pas sombrer, on me conseille de refermer un à un les tiroirs de la commode de ma vie avant d’en ouvrir d’autres. Affronter une période de vide aide apparemment à mieux accepter la douleur, la comprendre et la digérer pour évacuer la colère qui résonne encore en moi.

J’ai toujours eu peur du vide. Mais j’ai décidé d’y faire face, quel que soit le nombre d’insomnies que cela me coutera.

Catégories
Journal

13 octobre 2019 – Le temps arrange à peu près tout

FIV : 2 – Transfert : N° 5 – Embryons : 6ème et 7ème – NEGATIF

La digestion est difficile. On dit que le temps arrange à peu près tout, cela prendra du temps pour moi de réaliser que mon chemin de croix n’est pas encore terminé. Je ne sais pas combien de jours, de mois, d’années cela demandera encore. Je ne sais pas combien d’efforts, de douleurs physiques, de crises de nerfs, de larmes d’épuisement cela représentera.

Pour l’heure, j’accuse le coup, j’arrête les traitements le temps que le premier jour de mes menstruations arrive et que je puisse enchaîner de plus belle. Il nous reste un embryon congelé. Un seul sur cette 2ème tentative de FIV. Ensuite il faudra tout recommencer : les piqures d’hormones, la ponction, les œstrogènes, la progestérone et le transfert. Un protocole que je connais par cœur mais qui me donne la nausée, au sens propre comme au figuré.

Alors je respire un grand coup, je prends de l’oxygène et me blottit contre lui. C’est lui mon oxygène, mon roc. Celui qui me relève quand je tombe, qui sèche mes larmes quand je pleure, qui hausse la voix quand j’ose lui dire qu’il pourrait devenir papa sans moi. C’est dans ces moments de peine intense que je réalise la chance que j’ai de l’avoir à mes côtés. Chaque coup de poing que je prends dans le ventre à la lecture des résultats nous le prenons à deux mais lui ne cède jamais. Il se relève toujours avant moi, me tendant la main, me ramenant à lui pour m’encourager à relever mes poings et continuer la bataille.

C’est lui encore qui, hier soir, se lève de table à l’écoute d’une musique qu’il apprécie pour monter le volume et danser sur la piste carrelée de notre cuisine. Je souris. Il n’y a que lui pour activer mes zygomatiques alors que mon cœur saigne. Je le rejoins et danse avec lui, mêlant mes larmes à cette heureuse symphonie.

Alors oui, certains diront que nous n’avons pas de chance, que nous sommes maudits de ne pouvoir concrétiser tant d’amour par la mise au monde d’un être de notre sang mêlé. Et moi je réalise notre chance de nous être trouvés. Notre force, notre harmonie, notre respect mutuel, notre amour spirituel et charnel est un don, une bénédiction. C’est surement pour cette raison que cela demande autant d’efforts pour mettre au monde notre enfant : il sera parfait, lumineux et il faut assurément du temps au monde pour accepter un tel bouleversement.

Catégories
Journal

11 octobre 2019 – Je l’avais bien dit…

Résultats FIV N°2 – Transfert N°5 – 6ème et 7ème embryons.

J’ai la haine. La colère s’insinue peu à peu dans mes veines tel un poison brûlant mes entrailles. J’ai envie de hurler, de crier des insanités, de cracher à la gueule de toutes celles qui réussissent là où moi j’échoue inévitablement. Mon rêve s’éloigne à mesure que je m’approche pour le toucher du doigt. Je suis aimantée à la merde. Mon corps est vide et c’est bien ça le problème. Je m’obstine à vouloir le remplir mais il rejette ce que je lui donne. Je lui sers de beaux embryons, et il les régurgite comme un ivrogne déversant les restes de son diner après une soirée trop arrosée. Mis à part que moi je m’abstiens de boire, j’ai arrêté de fumer, je ne fais plus de sport pour maximiser les chances que le fœtus s’accroche. Mais il ne s’accroche pas. Non, il préfère d’autres ventres parfois bien moins soignés que le mien. Je fais tout pour qu’il soit le plus accueillant possible : multiples opérations de l’utérus ; piqures de decapeptyl pour me mettre en ménopause artificielle et faire que l’endomètre se reconstruise sans endométriose ni adénomyose ; ovules de progestérone, gélules d’estrogène et j’en passe. Une bataille que je pense gagnée à chaque transfert et qui se conclut inlassablement par la déroute et le vide.

Malgré tout l’optimisme qui m’habite 90% du temps, il reste les 10% qui me minent à chaque fois que le signe négatif de mon test de grossesse s’affiche. Ces moments où toute la psychologie positive assimilée n’est rien face à la colère qui m’envahit et l’injustice qui me gagne. Ces périodes où je rêve de tout envoyer valser, de cracher sur le monde, de hurler ma peine, de cogner contre les murs de ma douleur. Quand la solitude est telle qu’on a envie de disparaître pour ne plus avoir à se justifier de ne pas être comme les autres.

Ne pas répondre à ce qui reste dans la tête des gens la fonction première de toute femme sur terre : la reproduction, la transmission par l’amour et le sang, est éprouvant. A chaque nouvel échange on sait que la question des enfants viendra tôt ou tard mettre un blanc dans la conversation. On sait que sans justification la réponse sera incomprise et on sait aussi que la justification jettera un froid de gêne et clôturera rapidement l’entretien.

Le reste du temps je me convainc que j’ai une autre mission dans cette vie : défendre le droit des femmes à ne pas devenir mère quelle qu’en soit la cause, à les accompagner pour ne plus vivre avec ce fardeau et à répandre le message que la vie peut nous réserver d’autres belles surprises quand celui de donner la vie nous semble compromis.

Catégories
Journal

09 septembre 2019 – Quand le pessimisme s’invite

FIV : 2 – Transfert : N° 5 – Embryons : 6ème et 7ème

La PDS est prévue demain. J’ai un mauvais présentiment. Comme si je m’étais habituée à la déception, comme si ma tête était dorénavant incapable de penser le meilleur, comme si au fond de moi je me préparais à ce que cela n’arrive jamais.

J’apprends à voir le positif en toutes choses mais je suis aujourd’hui incapable de le visualiser sur un test de grossesse. A force de cumuler les chutes, on se protège du pire et on l’envisage tout le temps. C’est ma routine, mon fardeau, mon chemin de croix. Ce qui me dérange c’est que je ne suis pas seule dans l’histoire. Mon homme est là aussi et en pleine santé. C’est moi le souci, je suis le problème. On a beau appliquer les méthodes de la pensée positive en toutes circonstances, il faut appeler un chat un chat. Alors je le fais pour lui en priorité, pour nous ensuite. Car je suis fatiguée et mon corps aussi. Je refuse de me médicamenter quand j’ai un rhume, je me soigne à la tisane, au citron et au miel ; je me couche quand j’ai mal au crâne jusqu’à ce que ça passe, rejetant catégoriquement le paracétamol. Je dis non à toute médecine contraire à la nature, estimant que mes anticorps feront le nécessaire, mais je m’inflige des piqûres d’hormones, des ovules de progestérone et des cachets d’œstrogène. Je suis une poule aux hormones. Je me vois dans ce poulailler géant, pullulant de poules pondeuses, des œufs à la pelle et moi, déplumée à force d’être rejetée par le reste de la communauté, je tente d’en pondre un, ne serait-ce qu’un seul pour me prouver que je suis normale, pour leur monter à toutes que moi aussi je peux le faire. En vain.

Alors j’attire l’attention autrement, je piaffe, je coure, je danse sur mes deux pattes pour distraire, et cela fonctionne. On m’accepte peu à peu telle que je suis dans la bassecour jusqu’au jour où le fermier, las de ne pas obtenir satisfaction, me coupera la tête, laissant le reste de mon corps courir dans tous les sens jusqu’à s’effondrer, inerte.

Chacun se fera sa propre interprétation. Pour le moment je fais illusion, j’anime, je souris, je relativise, je vois le verre à moitié plein, arguant que ma mission est sûrement autre que celle de procréer dans ce bas monde. J’accueille les signes, tous les signes, je saisis les opportunités, toutes les opportunités, je fonce tête baissée sans réfléchir, ne laissant que mon cœur me guider, ma tête étant trop fatiguée. Je m’empêche de réfléchir, je suis mon instinct, jusqu’à l’épuisement. Quand il arrive, je cris, je pleure, je jette, je casse, je me couche et une fois la crise passée, je recommence comme si de rien n’était. Un cercle vicieux où le repos est banni, un cercle vertueux où l’action est omniprésente, la découverte constante, les rencontres incessantes. Pour le moment c’est tout ce qu’il me reste pour tenir debout.

Catégories
Journal

08 juin 2019 – Injustice

2ème FIV – 3ème transfert – 3 embryons – 3 échecs.

Ça pique. Mes yeux, mon cœur, mon ventre, ma tête. Comme ces aiguilles pénétrant dans ma chair pendant un mois. Un processus long et douloureux que j’ai enduré deux fois. On ne dit jamais deux sans trois ; cet adage sera-t-il valable aussi pour moi ? Suis-je condamnée à devoir me mutiler, à martyriser mon corps pour atteindre le rêve que tant de couples parviennent à réaliser sans aucune difficulté ? Certains n’ont rien demandé, le saint graal leur est donné alors même qu’ils n’ont surmonté aucun obstacle ni prouvé aucune légitimité à le gagner.

On crie à l’injustice ! On s’étonne de cette incohérence et l’incompréhension n’en devient que plus forte et la colère plus vive. Je les contemple souvent ces ignorants. Au parc, dans la rue, dans le métro ou chez le boulanger. Ils arborent, fièrement ou non d’ailleurs, leur trésor sans réaliser ne serait-ce qu’une seconde à quel point ils ont de la chance.

Moi, je serais aux aguets en permanence. Trop peut-être. A force d’échecs, la victoire n’en est que plus jouissive et la peur de la voir s’échapper plus intense encore. A en devenir étouffante ? C’est un risque qu’il faut éviter. Alors c’est décidé, la prochaine tentative sera la bonne. J’y retourne plus déterminée que jamais, l’épreuve je la connais par cœur dorénavant et je ne serai plus prise au dépourvue. Personne ne m’annoncera vaincue. Ces aiguilles ne perceront pas ma bulle d’optimisme et je vais le gagner cette fois, mon Bébé.

Catégories
Journal

29 mars 2019 – Cultiver sa différence pour mieux l’accepter

L’interdit nous attire. Comme un remède à la morosité, une façon de nous démarquer ou en tous cas de le penser. Sortir des codes qu’on nous impose sans qu’on s’en rende compte, être différent des autres, libre d’être soi, de n’être comme personne d’autre. Pour pouvoir exister.

Exister pour qui ? Pour quoi ? Le regard des autres. Un piège dans lequel on tombe sans s’en rendre compte. Un virus qui se propage et nous contamine. Ne pas rentrer dans les cases et c’est un drame, une ineptie. Se forcer à rentrer dans le moule pour ne pas être rejeté. De qui ? De quoi ? Des autres.

La solitude et le rejet nous effraient quitte à oublier qui l’ont est. Ne pas vouloir être seul, jamais. Etre seul ou se sentir différent, on en a peur et pourtant c’est ce qui nous fait grand. La solitude est parfois un remède à la morosité, une clé à la créativité dans un monde qui semble s’en dénuder.

Ne pas être marié à 30 ans et c’est une bizarrerie ; être en couple depuis plus de 10 ans sans enfants et c’est une étrangeté, une incompréhension généralisée. Ce sont ces idées préconçues qui nous consument et nous tuent.

Et si on vivait pour nous au moins une journée dans sa vie ? Si on écoutait notre petite voix qui nous pousse à écouter nos envies ? Vous feriez quoi, vous, de ces 24 heures de répit ? Nous sommes tellement mal habitués à cette nouvelle liberté que plus de la moitié d’entre nous prendraient le temps de cette journée pour trouver comment s’occuper.

Fermer les yeux, respirer à plein poumons, détendre ses paupières, ses mâchoires, ses épaules. Etendre ses jambes, les yeux toujours clos. Et profiter du moment présent, de cette pause de béatitude comme un arrêt du temps.

C’est ce que je fais à présent, une cigarette à la main alors que je n’en ai pas consommé depuis plus de 2 ans. Un interdit auto proclamé suite à de nombreuses interventions chirurgicales et gynécologiques. Ne plus fumer pour se donner une chance de donner la vie, de procréer.

J’ai 34 ans et je pleure à pleines larmes quand je suis alcoolisée tellement j’ai peur de ne pouvoir enfanter. Quand je suis sobre je ne pleure pas. Moi, faible ? Jamais !

Quasiment toutes mes amies sont mères de famille aujourd’hui et moi, pour combler le vide et me sentir moins différente, j’ai décidé de reprendre des cours intensifs de théâtre dans une école réputée où la moyenne d’âge avoisine les 25 ans. 9 heures de cours par semaine, 9 heures pour oublier l’image que je véhicule à l’extérieur de ce cocon dans lequel les gens ne me jugent pas. On joue, on s’imprègne d’une autre personne, on sent des émotions envahir notre esprit et tous nos membres avant d’exploser tel un orgasme quand la scène prend fin.

Et on reprend sa vie, son quotidien.

La vie semble bien fade alors, dehors.