Catégories
Témoignages

10 novembre 2020 – Sylvain

Peux-tu nous expliquer pourquoi tu as dû avoir recours à la PMA ?

Ma femme et moi souhaitions avoir un enfant depuis le début de notre relation. Cela a toujours été une envie depuis notre rencontre à 22 ans. Pendant plusieurs mois nous avons essayé d’avoir un enfant naturellement sans succès. Ces difficultés, cumulées à différents soucis dans notre couple, nous ont amenés à nous séparer à 30 ans.

Pendant ces 2 ans de rupture, ma femme a cherché à comprendre quelles étaient les raisons de nos difficultés. Selon elle, le souci venait d’elle car depuis toute petite elle avait des problèmes de règles très précoces non résolus par les médecins de l’époque. En creusant elle s’est rendu compte qu’elle avait un hémangiome utérin, une pathologie rare sur laquelle nous avions peu de recul (3 cas recensés et aucun n’avait eu d’enfant jusqu’alors). Elle s’est fait opérer dans la foulée.

2 ans plus tard, nous nous sommes remis ensemble, plus solides qu’avant. Nous avons souhaité reprendre là où nous nous étions arrêtés et construire notre famille. Nous savions, suite à l’opération de ma femme, que nous devions être accompagnés et nous sommes entrés dans un processus de FIV.

Combien de temps a duré ton parcours de PMA (combien de tentatives) ?

4 ans de tentatives au total dont 3 ans de FIV : 2 FIV et 8 embryons en tout. C’est le dernier transfert qui a été le bon.

Où en es-tu aujourd’hui ?

Aujourd’hui nous avons un petit garçon de 4,5 mois qui illumine notre vie.

Qu’est-ce qui a été le plus marquant pour toi dans ce processus ?

L’accouchement car il s’est très mal passé. Ma femme a failli mourir des suites d’une hémorragie qui lui a valu 4 heures de bloc et 2 jours en réanimation pendant lesquels j’ai bien cru que j’allais élever un orphelin. Ça a été un choc énorme.

Concernant le processus de PMA en tant que tel, c’est l’ascenseur émotionnel de chaque étape qui m’a marqué : les piqûres, la ponction, le résultat du nombre de follicules, puis le nombre d’ovocytes, puis le nombre de blastocytes, le transfert et enfin le résultat de la prise de sang. A chaque fois, nous faisions les montagnes russes.

Le plus difficile a été de gérer ma déception pour ne pas empirer celle de ma compagne. Je voulais la rassurer alors qu’elle culpabilisait à chaque fois. J’étais dans cette posture car mes examens montraient que je n’avais pas de problèmes de fertilité et je ne voulais pas que me femme endosse toutes les responsabilités en plus des traitements. Plusieurs fois, j’ai eu le droit à des remarques du type « qu’est-ce que tu fais avec moi ? Tu n’auras sûrement pas d’enfant si tu restes ». Il m’a fallu trouver les mots et les gestes à chaque fois pour nous aider à sortir la tête de l’eau, ne pas rester focalisés sur nos échecs.

J’ai souvent pris l’exemple de mes parents qui, en tant que couple, sont passés par des épreuves similaires. Plus jeunes, avant de m’avoir, ils ont eu un 1er enfant qui est décédé 3 jours après sa naissance. S’en est suivi 4 ans de fausses couches et de déceptions avant d’avoir ma grande soeur. Ils ont vécu d’autres épreuves comme le cancer du sein de ma mère et ils sont toujours restés soudés malgré les difficultés. Les leçons tirées de ce parcours de vie est qu’il faut « apprendre à danser sous la pluie » pour reprendre la citation de Sénèque. J’ai été élevé dans ce schéma et si je suis avec ma femme c’est parce que je l’aime et que j’ai confiance en elle pour affronter ces épreuves. Un enfant n’était pas une fin en soi, même si j’en voulais un. Je n’ai pas choisi une machine à faire des bébés mais une compagne de vie pour les moments heureux et moins heureux de notre vie. J’ai beaucoup insisté là-dessus.

Quel est le conseil que tu peux donner aujourd’hui aux hommes qui entrent ou qui sont dans un processus de PMA ?

Mon 1er conseil est d’accompagner sa femme dans tous les RDVs médicaux pour montrer son implication et son soutien. Dans un couple en PMA, l’homme et la femme sont tous les 2 concernés. C’est un projet qui se construit à deux. Mais la vie est injuste car en tant qu’homme on est peu impactés physiquement par ce processus alors que la femme subit tout. Elle le vit dans sa chair plus que nous. Selon moi, montrer son implication est important, c’est un soutien moral indispensable et malheureusement tous les hommes ne le font pas, selon les dires des médecins qui nous suivaient.

Mon 2ème conseil est de ne pas hésiter à en parler. La PMA est un processus pas évident à vivre en tant qu’homme même si on essaie de faire bonne figure et de coller à cette image patriarcale de l’homme fort. Si en parler avec un ami ou la famille aide parfois, ça peut aussi être compliqué, car ils sont concernés indirectement et peuvent manquer d’objectivité dans leurs conseils. C’est aussi difficile de voir ses amis construire leur famille pendant que vous, vous attendez sur le quai que votre train passe.

N’hésitez pas à aller voir un psy, un coach ou un thérapeute pour vous livrer, désamorcer vos émotions et continuer à avancer. Ça aide aussi à préserver le couple.

Aujourd’hui, et avec le recul, je réalise que cette épreuve a renforcé notre relation.  On savoure ce que nous avons. On accueille notre bonheur comme il se doit.

Tu as carte blanche pour exprimer tout ce dont tu as envie au sujet de la PMA et de ton expérience. Que souhaite-tu dire ?

C’était difficile, long et rien ne nous garantissait que nous allions y arriver. C’est en acceptant cela que nous avons pu lâcher prise et même envisager notre vie autrement, sans enfants.

Bizarrement, c’est à ce moment là que le transfert a fonctionné…

Catégories
Articles

Coup de coeur: lecture d’octobre

Jusqu’à la lecture de l’ouvrage « Je suis l’une d’entre elles – La première génération de personnes conçues par PMA avec don témoigne » recueillant une trentaine de témoignages sur le don de gamètes, je n’avais pas conscience des problématiques rencontrées par les enfants issus de cette technique.

Pour moi, le don était l’ultime solution pour les parents infertiles et désœuvrés devant leur incapacité à pouvoir donner la vie et élever leur enfant. Pour moi, le don de gamètes était une bénédiction.

Dans ce livre, on apprend que le don reste une chance inouïe aux couples qui s’aiment de pouvoir concrétiser leur amour, de pouvoir vivre une grossesse, de pouvoir donner toute leur attention et leur tendresse à un petit être depuis sa naissance. Mais on prend aussi conscience que pour qu’un don fonctionne sur la durée sans impact négatif sur la famille et surtout les enfants, certaines barrières demandent à être levées.

Il a été longuement recommandé aux parents de taire la méthode de conception à leur enfant. Il est aujourd’hui impossible en France de connaître l’identité ou tout du moins les antécédents médicaux, les origines ou les traits physiques des donneurs. Sans anticiper les conséquences sur les enfants nés de ces dons.

A travers les différents témoignages, on réalise que la plupart d’entre eux ont souffert du silence autour de leur conception. Une souffrance accentuée par un sentiment de malaise généré par la différence physique avec leurs parents et par le comportement distancié souvent inconscient de ces derniers. Un comportement compréhensible car emprunt de crainte devant la possibilité du secret dévoilé et de la fuite de l’enfant tant désiré.

Mais voilà qui est un secret pour personne, et Emile Zola le disait lui-même : « Quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion, que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle ». Dans ce contexte, l’explosion de la vérité éclate à la figure des enfants avec parfois du soulagement, souvent de l’incompréhension quant au silence imposé jusqu’ici, mais toujours des questions : « Qui est mon père biologique ? quelles sont ses origines ? Ai-je des demi-frères ou des demi-sœurs ? ».

Une course à l’identité débute alors, comme la recherche d’un membre perdu, d’un vide en eux ; une béance qui restera ouverte tant que l’anonymat des donneurs restera de mise. Certains se demandent alors s’il n’est pas mieux de proposer aux donneurs le choix de l’anonymat. D’autres se disent que pour aider les enfants à se construire, certaines informations nécessaires à la compréhension de leur identité doivent être révélées.

Au-delà du mensonge qui doit indéniablement être levé sur le mode de conception, certaines questions autour de l’anonymat restent donc de mise.

Finalement, malgré ces écueils, les enfants issus de dons de gamètes sont unanimes sur un point : l’amour pour leurs parents « d’intention » ne sera jamais remplacé pour celui d’un père ou d’une mère biologique. Mais la connaissance de ces derniers est un élément crucial pour eux afin de s’accomplir totalement.

Voici quelques passages « coups de poings » et qui m’ont marquée :

« L’anonymat, dès le départ, force et impose le secret. Dans une famille mal accompagnée ou qui n’a pas les clés pour bien l’appréhender, cela créé beaucoup de tension, de mensonges, de maladresses et de souffrances » Vanessa, née par don de sperme en juin 1986

« Je ne suis pas à la recherche d’un père, j’ai déjà un père qui m’a pris dans ses bras, encore tout chaud sorti du ventre de ma mère, qui m’a appris à lire l’heure sur une montre à aiguilles […] qui m’a aimé et porté de façon inconditionnelle tout au long de ma vie et jusqu’au bout de la sienne. […] Qui peut penser qu’il est souhaitable qu’un enfant ne connaisse jamais ses origines ? Qui peut dire à ses parents qu’il vaut mieux cacher à ses enfants leur mode de conception ? […] Les secrets ricochent de génération en génération et cet anonyme absent et pourtant si présent ricochera certainement chez les enfants issus de parents  IAD (Insémination avec donneur). » Guillaume, né par don de sperme en 1983

« Après cette révélation, j’étais sous le choc. Personne n’est réellement préparé à ce genre de révélation, même si j’avais des doutes sérieux sur ma conception. Dans un premier temps, vous restez groggy […]. Dans un second temps, un sentiment de bonheur m’a rapidement envahi, je savais enfin cette fichue vérité […] Mes parents aussi semblaient soulagés, soulagés de cette vérité qui éclatait, de ce poids qui fondait. Je réaliserai plus tard que ce secret était en réalité une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, qui pousse nombre de couples à se séparer ». Clément, conçu par don en 1988 à Paris

« Je considérais comme important en tant que donneur d’apporter du bonheur à ces couples, mais je ne souhaite pas que mon geste puisse éventuellement nuire à leurs enfants. La conviction actuelle est qu’il faut en finir avec l’anonymat absolu du donneur tel qu’il est pratiqué aujourd’hui. Selon moi, le couple receveur et leurs enfants devraient avoir le droit, s’ils en font la demande, d’obtenir au moins certaines informations sur le donneur (par exemple les antécédents médicaux). » Frédérique, donneur né en 1980

« D’une certaine façon, tu me manques terriblement. Pas comme un « papa », j’en ai déjà un […], mais tu me manques pour construire définitivement mon identité. Et je ne veux pas transmettre à mes propres enfants un vide, cet affreux vide. »  Cassandre, née par don de sperme

 

Catégories
Journal

PMA et estime de soi

Lorsque nous sommes dans un protocole de PMA, la confiance en soi est mise à rude épreuve. On se sent triste et différente, on se met en retrait, on a du mal à accepter son corps soumis aux nombreux traitements, on se sent moche et incomplète, on en vient à avoir honte de soi et de notre incapacité à pouvoir donner la vie. Ces sentiments viennent crescendo, jusqu’à nous faire perdre totalement confiance en nous et en notre capacité à surmonter cette épreuve aussi difficile qu’injuste. Il nous est alors impossible de voir la vie du bon côté.

Et si on essayait ? Si on se demandait ce que cette épreuve tant redoutée pouvait nous apporter ? Prendrions-nous les mêmes décisions de vie si ces dernières nous étaient épargnées ? Mènerions-nous le même travail sur nous-même ? Finalement, est-ce que les épreuves quelles qu’elles soient avec leur lot d’échecs et de déceptions ne sont pas un moyen d’apprendre sur nous-même et de trouver un sens à notre vie ?

C’est précisément le constat que je fais aujourd’hui de mon parcours et des différentes épreuves surmontées jusqu’ici. 4 ans de montagnes russes émotionnelles et d’interventions gynécologiques qui m’auront amenée à me recentrer sur moi pour mieux accepter la situation ; à identifier les plaisirs qui m’ont permis de vivre plus sereinement cette période difficile ; à prendre des décisions que je n’aurais jamais prises si je n’étais pas entrée dans ce rouleau compresseur.

Le résultat ? J’ai repris des cours de théâtre alors que j’avais arrêté d’en faire depuis des années, j’ai déménagé dans une région qui me correspond davantage et dans laquelle je suis épanouie, j’ai démissionné pour me reconvertir dans un métier qui me passionne : coach sophrologue avec une spécialisation en périnatalité et infertilité. Bref, je me sens plus alignée que jamais et pendant que je faisais ce travail, je suis tombée enceinte.

Si l’adage « prendre la vie du bon côté » était la clé ?

J’en suis convaincue plus que jamais.

Le poème de Leni Cassagnettes, initialement destiné aux jeunes élèves en difficulté, illustre bien mes propos et semble tout à fait adapté pour les femmes en perte d’estime de soi dans un parcours aussi lourd que la PMA. Lisez-le de haut en bas puis de bas en haut afin de voir la vie sous un angle différent 😉:

Prends la vie dans le bon sens

Je suis un gros nul

Personne n’ose penser que

Je suis capable d’accomplir de grandes choses

Je sais que

Je raterai tout ce que j’entreprendrai

Je ne crois plus que

Je peux réussir

Je suis persuadé que

Je ne vaux rien

J’ai arrêté de me dire que

J’ai confiance en moi

Je suis convaincu d’une chose :

Je suis quelqu’un d’inutile

Et ce serait idiot de penser que

Je suis une belle personne

Leni Cassagnettes

Catégories
Articles

Coup de coeur – lecture d’août

Je suis actuellement en cours de certification pour devenir coach de vie et je souhaite entre autres accompagner les femmes et les couples rencontrant des soucis de fertilité et/ou en processus de PMA (procréation médicalement assistée). Etant moi-même passée par cette épreuve de vie, je me sens impliquée dans cette entreprise et plus que jamais motivée pour aider les personnes qui sont aujourd’hui concernée.

Quelle a été donc ma surprise et mon émotion quand l’une de mes coachées m’a gentiment offert le roman « Le choix d’une vie » d’Alia Cardyn accompagné d’un mot de remerciements pour le travail effectué ensemble!

Ce roman est une pépite. Il nous plonge dans les destins croisés de 5 personnages tous liés de près ou de loin, avec comme toile de fond le sujet épineux du don de gamètes. Sujet traité avec brio par l’auteure. Je n’irai pas plus loin dans mon explication afin de ne pas gâcher votre plaisir de le lire. La plume d’Alia est légère et les mots bien choisis comme les perles d’un collier précieux, nous amenant à une fin optimiste, à un sentiment de bien-être délicieux.

Merci à ma cliente Amandine pour ce joli cadeau et merci à Alia pour son récit qui m’a parfois émue jusqu’aux larmes.

Un conseil : lisez-le.

Catégories
Articles

Coup de coeur – lecture de juillet

Voici un livre coup de poing. Je l’ai découvert par hasard sur le net en recherchant des lectures sur la PMA. Il m’a bouleversée.

Il restitue l’histoire vraie de Judith qui aura mis plusieurs années pour tenter de tomber enceinte notamment grâce à la FIV avant de se résigner. Elle nous partage son expérience sans tabou et en toute sincérité entre fausse couche, grossesses extra utérines et FIV douloureuses.

Un livre qui mérite d’être lu par les femmes en cours de traitement ou ayant vécu ce parcours du combattant.

Un livre qui mérite d’être parcouru par tous ceux qui ignorent ce sujet ou qui ont des idées arrêtées sans entrevoir la douleur occasionnée par les traitements.

Un livre qui mérite d’être offert à tous nos proches, ceux qui aimeraient nous comprendre et nous aider mais qui ne savent pas comment.

Un livre qui mérite d’être lu par le plus grand nombre, tout simplement.

Voici quelques phrases issues de l’ouvrage et qui résument souvent très bien notre état d’esprit dans un protocole de PMA :

La perte de contrôle : « Je commence à réaliser que nous avons réellement un problème pour procréer et cette soudaine découverte a sur moi un effet dévastateur. J’ai en effet l’habitude d’exercer un certain contrôle sur ma vie »

La colère : « Aujourd’hui ce qui me révolte, c’est que n’importe quel imbécile se reproduit le plus naturellement du monde, quand nous, intellos flippés que nous sommes, passons le plus clair de notre temps au lit à établir des courbes de température et à dessiner des graphiques »

« Mon corps n’est qu’un instrument trompeur. Il détruit tout, quand moi, je veux construire ! »

La tristesse/ l’incompréhension : « La confrontation avec des femmes enceintes que je ne connais pas m’agace. Lorsqu’il s’agit d’amies, j’ai beaucoup de mal à le supporter, mais de la part de ma meilleure amie, c’est tout à fait inacceptable. Sa grossesse me renvoie à mes échecs »

La minimisation : « Beaucoup de gens sans enfants sont très satisfaits. Peut-être plus que ceux qui en ont, avec tous les problèmes, les responsabilités et les restrictions en tous genre que cela implique »

Le cycle du deuil : « […] même pour un fœtus, il fallait faire le deuil. […] le deuil se fait en quatre phases. La première : la négation ; la deuxième : la colère ; la troisième : la tristesse ; la quatrième : l’acceptation »

L’acceptation : « Comme, de toute façon, il faudra mettre un point final à cette histoire, je crois que le moment est venu. Je me sens suffisamment forte pour admettre que j’ai perdu la partie. Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir. Ça suffit. Il est temps maintenant de commencer à être heureux ! »

Vous l’aurez compris, je vous recommande chaleureusement ce livre.

Bonne lecture.

Amélie

Catégories
Journal

9 juillet 2020 – La victoire après l’épuisement

24 juin 2020, c’est mon anniversaire, j’ai 36 ans et dans moins de 15 jours je vais accoucher de mon fils par césarienne avec 3 semaines d’avance.

C’est sans compter sur mon karma qui n’a pas toujours été clément avec moi question fertilité. Je reçois à 15h37 un appel de ma gynécologue m’alertant que les résultats de mon IRM pelvienne sont inquiétants : ils dénoncent un risque avéré de rupture utérine et d’hémorragie sévère. 2 risques pour la vie de mon bébé et la mienne.

La césarienne est donc avancée de 10 jours, soit 2 jours plus tard. Je suis sonnée, mon bébé aura 35 SA+6 jours et sera donc considéré comme prématuré. Je n’ai eu aucune contraction, c’est une grossesse parfaite, je suis d’une forme olympique et mon bébé n’a aucune envie de sortir ! Je l’imagine petit, chétif, fragile alors qu’il aurait pu rester au chaud encore quelques jours afin de continuer à grossir et gagner en énergie.

Je sens les larmes couler sur mes joues rougies d’émotion, je ne suis pas prête. Pas encore. C’est trop tôt. Je me ressaisis pourtant et j’accuse le coup : tout va bien se passer.

Le lendemain soir, je rentre à la maternité avec mon homme. Il dort dans ma chambre, sur un lit d’appoint. On nous a annoncé plus tôt dans la journée que la césarienne se ferait sous anesthésie générale. Je ne verrai donc pas mon fils sortir de mon ventre. Son père sera là pour l’accueillir et lui faire son 1er peau à peau. Je digère cette nouvelle information et me convainc que c’est pour le bien de mon fils et le mien. Et savoir que son père sera auprès de lui me rassure.

Jour J. Je suis sereine. On m’a affirmé que mon bébé ne risquait rien durant cette opération et que seul mon cas était à surveiller. Je suis soulagée et confiante. Tout va bien se passer.

8h57. Après ma préparation au bloc opératoire, on m’endort et on m’ouvre aussitôt pour déloger mon fils de son cocon douillet et éviter qu’il ne soit endormi par l’anesthésie. Il va bien, il mesure 44cm pour 2,460kgs. C’est une merveille que je découvrirai plus tard. En attendant, je suis toujours sur la table d’opération, les médecins s’afférant pour retirer le placenta qui peine à se décoller de ma paroi utérine. Il est alors décidé de laisser le placenta dans mon utérus afin d’éviter toute hémorragie. Il se désagrégerait sur les semaines à venir. 30 minutes après la naissance de mon fils, je suis recousue et amenée en salle de réveil.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Un happy end comme on les aime. A croire que moi, je n’aime pas ça.

15 minutes après ma venue en salle de réveil et toujours endormie sous l’effet de l’anesthésie, je fais une hémorragie. Je perds 2 litres de sang et je suis emmenée d’urgence au bloc pour 4 heures d’opération durant laquelle on me ligature les 8 artères et on me « saucissonne » l’utérus. On m’annoncera plus tard que la prochaine étape aurait été l’ablation de ce dernier.

Je ressors anémiée du bloc, avec un mal de chien et une seule envie : faire connaissance avec mon fils. Un vœu qui sera exaucé dans l’après midi avec 10 minutes de peau à peau. Je suis ensuite emmené dans le service de réanimation pour 48h d’observation et une transfusion sanguine.

Au total j’aurai vu mon fils 30 minutes sur les 2 premiers jours de sa vie. Une frustration énorme pour moi alors que je l’attends depuis plus de 4 ans. Autre conséquence non négligeable de cet accouchement douloureux : je ne pourrai probablement pas avoir de deuxième enfant, mon utérus étant trop fragilisé. Je garde néanmoins espoir : l’avenir nous dira si mon fils sera enfant unique ou non.

Je ressors de cette épreuve fatiguée (d’autant plus que j’allaite) et mon conjoint choqué d’avoir cru me perdre, mais nous sommes extrêmement reconnaissants du personnel hospitalier qui a été aux petits soins avec nous tout au long de mon hospitalisation.

Finalement, le parcours pour avoir notre bébé miracle aura été semé d’embûches jusqu’à la fin. Mais si cela était à refaire, j’irais les yeux fermés car quand je regarde mon fils, je me dis que cela en vaut la peine, assurément.

Maintenant j’en suis sûre : tout va bien se passer.

Catégories
Articles

Coup de cœur – lecture de juin

En ce mois de juin déconfiné, je n’ai pas voulu perdre les bonnes habitudes acquises lors de notre quarantaine forcée. J’ai donc pris beaucoup de plaisir à continuer mes sessions de lecture et notamment celle du livre d’Agathe Girod-Roux et Anne-Lise Pernotte « Avoir un enfant à 40 ans (ou presque) ».

Un ouvrage intéressant et complet qui traite à la fois de la PMA et des problèmes rencontrés par les couples quadragénaires souhaitant avoir un enfant sur le tard, mais aussi du vécu de la grossesse, de l’accouchement et de l’accueil du nouveau-né. Le tout est agrémenté de témoignages divers et variés qui permettent de relativiser et de se rassurer sur notre capacité à gérer aisément une grossesse tardive.

Je recommande donc cet ouvrage pour les plus de 40 ans mais pas que ! J’en ai à peine 36 et je pense le garder sur ma table de chevet pour m’aider avec bébé si besoin. Les conseils avisés et pertinents des 2 auteures me serviront, autant qu’à vous, j’en suis sûre.

Bonne lecture !

Catégories
Journal

Quand médecine et psychologie ne font pas bon ménage

34SA+4 jours de grossesse. La lumière au bout du tunnel devient de plus en plus intense, le bonheur de pouvoir serrer notre enfant dans nos bras approche enfin.

Je me rends, confiante, à l’hôpital pour une dernière échographie, celle qui permettra aux médecins de statuer sur la date et les circonstances de ma césarienne (anesthésie locale ou générale ? Quels risques d’hémorragie selon la position du placenta par rapport à ma cicatrice intra utérine?). Dans la salle d’examen, 2 stagiaires, 3 médecins et moi allongée sur la table. Mon bébé bouge bien, je le sens. Je suis sereine.

Les médecins échangent entre eux, je ne comprends pas leur jargon mais je les laisse délibérer. On me demande de faire un IRM pelvienne en complément « pour être sûrs » et de refaire une dernière échographie 10 jours plus tard. Jusqu’ici l’ambiance était rassurante. Jusqu’ici…

C’était juste avant que l’échographe me répète à trois reprises que le placenta est situé dans la zone cicatricielle et qu’il y a des risques non négligeables d’hémorragie. C’était juste avant qu’elle me répète avec insistance qu’il faut que je me prépare au risque éventuel d’une ablation de mon utérus. C’était juste avant qu’elle me demande si je tiens vraiment à avoir d’autres enfants. C’était juste avant que je m’effondre en larmes dans la rue.

J’ai pourtant essayé de lui soutirer des paroles réconfortantes, de lui faire dire que tous les cas de césarienne sur utérus cicatriciel ne se terminent pas nécessairement par une hystérectomie. Mais elle semblait plus soucieuse de s’assurer que j’avais bien compris les risques plutôt que de me rassurer sur les solutions possibles.

Après un parcours chaotique et difficile comme le nôtre, et comme beaucoup de couples confrontés à la PMA, on ne s’attend pas à un tel acharnement à quelques semaines du plus beau jour de notre vie.

Alors je relativise et je me dis que sous cette maladresse, se cache un médecin compétent et une équipe qui saura m’opérer pour donner naissance à mon bébé en pleine forme tout en conservant mon utérus afin de me laisser une chance d’avoir un deuxième enfant.

J’ai prévu de sensibiliser les médecins sur cette volonté. Pour le reste, j’ai décidé de leur faire confiance et de visualiser le positif jusqu’au jour J.

Catégories
Journal

07 juin 2020 – Nous sommes toutes mamans

En ce jour de la fête des mères, je pense d’abord à ma maman bien sûr, celle qui m’a donné la vie et sans qui je ne serais pas là aujourd’hui.

Je pense aussi à toutes celles qui sont enceintes et qui s’apprêtent à vivre ou revivre un voyage extraordinaire au cœur des émotions les plus fortes qu’une femme puisse expérimenter.

Je pense enfin à toutes celles qui se sentent mères, qui se veulent mères, qui espèrent devenir mères un jour avec tellement d’intensité qu’elles surmontent sans sourciller les épreuves de la PMA, des traitements lourds et des interventions à répétition. A toutes ces femmes, je leur dis qu’elles sont déjà des mamans. Car quand on donne autant de soi, quand on met autant de cœur à l’ouvrage, quand on s’inflige autant de douleur dans l’espoir de tenir un jour un petit être dans ses bras, on ne peut qu’être maman déjà. Dans l’état d’esprit en tous cas.

Être mère, c’est avoir un amour inconditionnel pour son enfant, c’est être là quand il en a besoin, c’est ne jamais baisser les bras pour l’accompagner dans les épreuves de la vie. Être mère c’est être une battante, une lionne, une louve, une protectrice. Ce que nous sommes déjà, à travers notre parcours de PMA.

Alors oui, femmes de PMA, je vous le dis : maman vous l’êtes déjà. Et c’est ce qui fera de vous une femme extraordinaire aux yeux de vos enfants quand ils seront enfin là.

BONNE FETE A TOUTES.

Catégories
Témoignages

26 mai 2020 – Gabrielle

Peux-tu nous expliquer pourquoi tu as dû avoir recours à la PMA ?

Pendant 2 ans nous avons essayé d’avoir un bébé naturellement avec mon conjoint. Voyant que cela ne marchait pas, je suis allée voir mon gynécologue qui nous a orientés vers un centre de PMA pour nous faire faire des tests. Grâce à ces tests, on a découvert que j’avais le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) et que ma glaire était trop acide et tuait les spermatozoïdes de mon conjoint. Pour couronner le tout, mon conjoint avait des spermatozoïdes trop feignants.

Combien de temps a duré ton parcours de PMA (combien de tentatives) ?

Notre 1er RDV a été pris en septembre 2017 et je suis tombée enceinte en avril 2018. J’ai eu 2 inséminations en tout.

Peux-tu nous expliquer quelles ont été les différentes étapes de ton parcours ?

Nous avons mis 2 mois pour réaliser les examens demandés par le centre de PMA. Ensuite mon conjoint a vu l’urologue qui lui a prescrit des vitamines à prendre pendant 6 mois afin d’essayer naturellement d’avoir notre bébé. De mon côté, on m’avait demandé de perdre du poids.

Comme nous étions de bonne volonté et motivés, le centre de PMA a accepté d’avancer la 1ère insémination qui a eu lieu en Février 2018. Malheureusement, nous n’avons pas pu la terminer car j’ai été victime d’une hyperstimulation. En mars 2018, nous avons recommencé le protocole en diminuant la dose d’hormones des piqûres et je suis tombée enceinte en avril.

Où en es-tu aujourd’hui ?

Ma fille aura bientôt 17 mois. Nous avons décidé avec mon conjoint que j’arrêterai la pilule le mois prochain. On se donne 6 mois pour que je puisse tomber enceinte naturellement et si cela ne fonctionne pas, nous reprendrons rdv avec notre centre de PMA afin de donner un petit frère ou une petite sœur à notre fille.

Selon toi, pourquoi est-ce que cela a fonctionné ?

Je pense que nous avons eu beaucoup de chance car malheureusement tous les couples n’ont pas le bonheur que cela fonctionne aussi vite. Nous avons été très bien suivis, dans un très bon centre. Il s’agit de la Clinique du Val d’Ouest à Lyon.

Qu’est-ce qui a été le plus marquant pour toi dans ce processus ?

J’ai très mal vécu l’hystérosaltamographie qui a été douloureuse, surtout que je l’ai faite en tout début de parcours. Ça annonce la couleur pour le reste…et cela ne met pas en confiance.

De même, je me rappellerai toujours l’attente du verdict sur la qualité de ma glaire cervicale. Il s’agit d’un test réalisé après un rapport sexuel que nous devions faire à une certaine heure. L’infirmière qui nous a fait le prélèvement a mis beaucoup de temps pour revenir avec les résultats, ce qui me laissait penser qu’ils n’étaient pas bons. J’ai eu raison car à son retour elle nous a annoncé qu’aucun spermatozoïde n’avait survécu au rapport et que ma glaire cervicale était trop acide.

Là, je me suis dit que nous étions mal partis… Déjà que j’avais le SOPK, si on ajoutait ce souci, on n’y arriverait jamais ! Et pourtant 😉

As-tu eu recours à des techniques complémentaires ? (Psychothérapie, Médecines douces, autres…)

Je suis allée voir mon ostéopathe à 3 reprises pour m’aider à tout remettre en place au niveau des ovaires et de mon utérus.

Je pense que cela a aidé à me détendre.

Quel est le conseil que tu peux donner aujourd’hui aux femmes qui ont des difficultés à avoir un enfant ?

Je conseillerais de ne pas avoir honte d’en parler car c’est important d’avoir quelqu’un à qui se confier. Ce n’est pas parce que nous avons du mal à tomber enceinte que nous ne sommes pas normales. Il faut oser en parler et demander de l’aide.

Personnellement, je m’étais confiée à ma famille et mes amis. C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’on a découvert que 2 de nos amis avaient eu leurs enfants grâce à la PMA.

L’inconvénient est que certains couples peuvent être gênés de nous en parler, de peur de mal faire. Mais beaucoup nous demandaient si ça avançait, si on avait eu du nouveau et cela nous a souvent remonté le moral. En tous cas me concernant, cela m’a aidé à tenir, car mon conjoint est d’une nature plus réservée.

Communiquer avec son conjoint est également indispensable car ce sont des parcours qui peuvent mettre le couple en difficulté.

As-tu une anecdote à partager sur ton parcours en PMA qui pourra donner le sourire à ces femmes ?

Le jour où nous sommes allés voir l’urologue pour mon conjoint, il lui a demandé de se déshabiller pour l’examiner. J’entendais derrière le rideau le bruit des ustensiles pour mesurer les testicules de mon homme et l’urologue qui rigolait car un testicule était beaucoup plus gros que l’autre. Cela nous a redonné le sourire pour la journée et c’est resté une anecdote entre nous.

Tu as carte blanche pour exprimer tout ce dont tu as envie au sujet de la PMA et de ton expérience. Que souhaite-tu dire ?

La PMA est une expérience très stressante qui apprend beaucoup la patience et je pense qu’il faut absolument se sentir bien avec les gynécologues et les sages-femmes qui nous suivent. Si le courant ne passe pas et s’il n’y a pas écoute mutuelle, cela ne peut pas fonctionner. Il ne faut pas hésiter à dire quand il y a des choses qui ne nous plaisent pas ou quand on a envie de faire une pause. Si on ne le sent pas, il ne faut pas hésiter à dire non.