À propos

Je m’appelle Amélie et je suis atteinte d’une maladie infantile rare depuis l’âge de 5 mois. Ma mère ouvrit un jour ma couche et découvrit des traces de sang. S’ensuivit de multiples séjours à l’hôpital Necker ou à la Pitié Salpêtrière, en vain. Aucun diagnostic n’a pu être posé. Seul le doute que je puisse un jour devenir maman subsistait. Un sujet qui me concernerait plus tard mais qui, sur le moment, n’était pas prioritaire, ma mère s’inquiétant davantage pour ma vie.

J’ai été suivie par les plus grands médecins, pédiatres, gynécologues et échographes. Mon utérus a sûrement été dans ces années-là le plus connu de tout Paris. Mais personne n’a eu le déclic de me prescrire une IRM pelvienne. PERSONNE.

Ce n’est qu’à l’âge de 31 ans, quand finalement je décidais de me pencher plus sérieusement sur ma fertilité que j’appris par surprise le nom de cet examen. J’étais pourtant convaincue d’avoir tout exploré. Mais pas celui-là. Dommage car c’était précisément celui qui aurait dû m’être prescrit pour découvrir le pot aux roses et la source de mes maux : un hémangiome utérin. Les tâches de sang qu’ont parfois les bébés sur le visage ou d’autres membres apparents, je l’avais eu sur ma muqueuse utérine. Et aucun médecin ne l’avait identifié. Pas un seul.

Mon utérus était alors devenu « flasque » et donc inapte à accueillir un embryon. Il a fallu opérer, gratter la poche de sang et reconstruire les parois utérines afin que je redevienne femme. Des mois de convalescence, de douleurs et de doutes. Mais une seule obsession : devenir maman.

L’opération réussie, on me demande d’être patiente pendant 6 mois afin que mon utérus se consolide pour ne pas céder sous le poids d’une éventuelle grossesse. J’obéis, comme toujours, gardant dans mon viseur la destination finale, persuadée de la réussite prochaine de cette entreprise. Après tant d’obstacles et d’épreuves surmontées, comment pourrait-il en être autrement ?

Le long fleuve n’a malheureusement pas été aussi tranquille, au contraire. Après quelques mois de vaines tentatives naturelles, il a fallu se rendre à l’évidence : ce ne sera décidemment pas si simple de tomber enceinte. Le chemin de croix de la FIV débutait. 1ère tentative, 2 embryons, 2 transferts et zéro grossesse. On ne prenait pas le risque de me mettre deux embryons par transfert, de peur que mon utérus ne se déchire dans le cas d’une grossesse gémellaire. Cas qui n’arriverait pas, évidemment. Je finissais par croire que je ne méritais pas le bonheur de la maternité et encore moins celui d’une grossesse multiple, même en forçant un peu le destin.

On décide ensuite de procéder à une synéchie avant d’entamer la 2ème FIV dont il résultera 6 embryons, 3 transferts (dont 2 avec 2 embryons, « pour voir ») et toujours zéro grossesse. Pas un seul signe d’effervescence, rien. Il me restait un embryon congelé, celui qui plus tard sera la source de mon bonheur et celle de mon mari.

Dans le même temps, nombreuses sont mes amies et collègues tombées enceinte volontairement ou non. Certaines optant pour l’avortement, jugeant la période non propice ou le conjoint inapproprié. J’en ai séché des larmes de celles qui étaient tombées enceinte par inadvertance, certaines sous pilule, d’autres sous stérilet ou encore sous le coup d’un soir. Pendant ce temps-là, moi, je m’infligeais en silence des piqures d’hormones tous les soirs, déversant ma mauvaise humeur sur l’homme que j’aime mais gardant toujours le sourire aux lèvres en société, chargée d’empathie et de paroles consolantes pour apaiser les peurs des autres.

Pour mieux accepter les échecs et surmonter les épreuves subies par mon corps et ma tête, je me suis alors plongée dans les techniques du développement personnel. Je lisais un bouquin par semaine, je surlignais les mots et les phrases qui résonnaient en moi et je les écrivais sur un carnet que je gardais près de moi pour les relire dans mes moments de doute et de chagrin. J’ai même démissionné pour redonner du sens à ma vie et trouver la mission que je dois lui donner.

J’ai finalement atteint ma destination même si je reste très vigilante. Il me reste plusieurs mois à patienter, mois durant lesquels je vais être médicalement suivie de très près avant d’être hospitalisée pour la césarienne qui me donnera enfin mon bébé.

Cette réussite et son goût de victoire, je vous la souhaite à tou(te)s. Même si le temps peut paraître long, même si le chemin est semé d’embûches, même si on a tendance à vouloir baisser les bras: ne lâchez rien, ça en vaut la peine.