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30 avril 2020 – Julie

Peux-tu nous expliquer pourquoi tu as dû avoir recours à la PMA ?

A 19 ans, en 2005, on me découvre un cancer du système lymphatique qui s’étend du cou à ma rate. J’avais du liquide dans le thorax qui comprimait mon cœur ainsi que mes poumons, et le traitement qui m’a été prescrit a eu des effets secondaires sur ma fertilité. A l’époque, j’avais conscience du choix que je faisais mais je voulais me donner le maximum de chances de vivre.

Durant cette période et pour essayer de protéger ma fertilité, j’ai continué à prendre ma pilule et tous les mois je m’injectais du décapeptyl pour renforcer le blocage ovarien. Comme j’étais étudiante pour devenir pilote de ligne, je me suis concentrée sur mes études durant le traitement et ça m’a permis de traverser cette épreuve. Cela a payé : mon cancer a disparu en 2006.

Combien de temps a duré ton parcours de PMA (combien de tentatives) ?

J’ai franchi la porte d’un service de PMA pour la première fois en 2012, et celle d’un CECOS en 2013.

Peux-tu nous expliquer quelles ont été les différentes étapes de ton parcours ?

Eté 2012, avec mon conjoint, nous décidons d’arrêter ma contraception. Je prenais la pilule depuis de nombreuses années pour régulariser mes cycles et traiter mon acné ; et par protection car une part de moi espérait quand même le miracle d’un bébé couette.

On était ensemble depuis 2006, pacsés depuis 2009 avec des hauts et des bas. Lui, s’épanouissait dans le boulot de ses rêves. Moi, je faisais avec ce que j’avais. Ayant connu quelques échecs, je renonce définitivement à mon ambition de devenir pilote de ligne et m’investis dans le boulot que j’occupe depuis la fin de mes études. On venait d’acheter une maison donc tout allait pour le mieux.

Hiver 2012, retour de vacances de rêve à l’ile Maurice, je n’ai toujours pas mes règles depuis l’arrêt de ma pilule et tout un tas de désagréments. J’en parle à ma gynécologue qui m’oriente vers le service PMA de l’hôpital à côté de chez nous.

Premier bilan hormonal réalisé, le couperet tombe, je suis ménopausée. Je m’étais préparée depuis longtemps à ma stérilité mais entendre que j’étais ménopausée à 28 ans a été un véritable choc. On nous oriente alors auprès du CECOS le plus proche afin de devenir couple receveur d’un don d’ovocytes.

Comme je suis ménopausée, aucune tentative ne sera faite avec mes propres ovocytes mais mon conjoint étant fertile, ses spermatozoïdes seront utilisés pour la fécondation.

J’ai été mise sous traitement hormonal de substitution. Cela n’a pas été facile, il y avait beaucoup de fatigue, des rapports douloureux, les nerfs à fleur de peau, sans parler des montagnes russes émotionnelles. Nos boulots respectifs en horaires décalés n’ont pas aidé : mon conjoint et moi travaillions tous les deux dans le transport aérien.

Lors de nos nombreux échanges, je le sensibilise sur la difficulté des mois voire des années qui nous attendent car je suis lucide sur la suite, j’ai été à bonne école avec mon cancer. J’aurais compris qu’il me dise qu’il ne se sente pas le courage de vivre cela et qu’il préfère vivre une histoire plus simple avec quelqu’un d’autre… Mais il accepte de me suivre dans cette aventure et nous nous inscrivons en liste d’attente dès l’été 2013.

De long mois s’ensuivent à attendre l’appel qui nous délivrera. Durant cette période, je vois mes amies tomber enceintes et accoucher. C’est également une phase difficile professionnellement car je suis contrainte de changer d’entreprise, à la suite d’un dépôt de bilan. L’accueil et l’intégration au sein la nouvelle structure sont difficiles et je pleure beaucoup. Mon conjoint ne comprend pas ma détresse, il ne supporte pas de me voir pleurer. Je n’ai donc personne avec qui échanger et ça me ronge, ça me bouffe de l’intérieur. Je m’adapte et enfile le masque « je vais bien, tout va bien » en m’investissant dans la rénovation de notre maison.

Avril 2016, nous avons enfin une donneuse compatible !

20 juin 2016 : 4 ovocytes sont prélevés. Nous obtenons 4 embryons.

Le 22 juin matin, je suis convoquée pour le transfert d’un embryon. Deux autres sont congelés, le 3ème n’ayant pas évolué correctement.

06 et 13 juillet 2016 : Test positif. Beta HCG plasmatique : 571 puis 6 238 UI/L !!!

Ma joie laisse rapidement place à la tristesse car à peine 30 minutes après la réception des résultats, mon conjoint part rejoindre des amis pour plusieurs jours de beuverie. A nouveau, je me sens seule et c’est devant la télé, en compagnie de mon chien que je savoure une mousse au chocolat et me laisse envahir par les questions, les doutes et les peurs qu’apportent cette grossesse tant attendue.

Où en es-tu aujourd’hui ?

Je suis maman d’une petite Lily née le 8 mars 2017 par césarienne.

Malheureusement, il n’y aura probablement pas d’autre grossesse pour moi. Le papa de ma fille m’a quittée pour une autre pendant mon 7ème mois de grossesse. De ce fait, je n’ai pas le droit d’utiliser les 2 embryons congelés puisqu’ils appartenaient à notre couple.

A ce jour, je n’ai pas encore trouvé celui avec qui j’aurais envie de me relancer dans cette aventure !

Selon toi, pourquoi est-ce que cela a fonctionné au bout de tant de temps ?

Ma motivation. Depuis mon cancer, je sais que les traitements ne font pas tout, une grosse partie de leur réussite repose sur notre manière de l’aborder et donc sur notre volonté.

Qu’est-ce qui a été le plus marquant pour toi dans ce processus ?

Je regrette le manque d’informations sur les effets au quotidien de l’insuffisance ovarienne.

Je rêvais de ma grossesse, malheureusement elle a été mon pire cauchemar. Je n’ai pas pu en profiter comme je l’aurais souhaité. En effet, le 18 juillet 2016, j’ai eu une hémorragie utérine suite à un décollement me condamnant à passer les semaines suivantes allongée le temps que l’hématome se résorbe.

Quelques jours après, mon conjoint m’annonce qu’il y a une autre femme dans sa vie. Il me dit néanmoins que c’est moi et notre bébé qui comptent pour lui. Des paroles non accompagnées d’actes, ce qui m’enferme encore plus dans mon mal être, mes peurs et mes doutes. Il passe ses jours OFF avec elle. Cette situation me met dans un tel état de stress que je fais de l’hypertension.

Janvier 2017, il me quitte. Nouveau coup dur et perte d’estime de moi-même : être quittée à l’apogée de ma féminité pour une fille plus jeune, ça déstabilise. Pour ne pas accoucher prématurément, j’accepte de me faire suivre par une psychologue. Mais je commence à faire du diabète gestationnel.

Fin février, entre mon hypertension et mon diabète, il est décidé que j’accoucherai par césarienne. Je suis effondrée de ce nouveau coup du sort. Je me sens seule car je suis loin de mes parents qui habitent dans le Bas-Rhin. Le père de ma fille, lui, est occupé par sa nouvelle idylle. J’ai l’espoir qu’il change d’avis une fois notre fille dans les bras, je m’accroche à cette illusion car devenir maman solo me terrifie.

Ma césarienne est programmée le 08 mars 2017, ce qui est finalement une bonne chose, car en plus d’être restée en siège, ma fille a son cordon autour du cou.

Du fait de toutes ces péripéties, je n’ai pas fêté l’arrivée de mon rayon de soleil comme il se doit. Je n’ai même pas fait de faire-part, je ne savais pas quoi écrire. J’étais trop préoccupée à nous trouver un nouveau toit puisque mon ex-conjoint avait décidé de ne pas revenir. Nous avons déménagé dans notre nouveau chez nous, à toutes les deux, le 1er novembre 2017.

Même si cette période n’a pas été simple ni sereine pour moi, il n’y a pas eu un jour où je n’ai pas parlé à mon bébé, où je n’ai pas caressé mon petit bidon. Je lui racontais tout ce qu’il se passait dehors, pourquoi elle ressentait tant de tristesse, de colère en moi et surtout je lui disais combien je l’aimais déjà. Dès ma FIV, j’ai ressenti le lien, la connexion, l’amour inconditionnel entre ma fille et moi. D’ailleurs, je savais que c’était une petite fille bien avant mes échographies !

As-tu eu recours à des techniques complémentaires ? (Psychothérapie, Médecines douces, autres…)

Oui, j’ai préparé mon corps à la FIV puis à ma grossesse avec mon ostéopathe. J’ai également apaisé mon stress à l’aide de séances d’acupuncture auprès des sages-femmes de ma maternité.

Je me suis également offert une séance de micro-kinésithérapie au tout début de mon parcours en PMA. Là encore, j’avais déjà vu les bienfaits qu’apportent ces médecines, car j’avais été suivie par un médecin homéopathe pendant mon cancer.

Quel est le conseil que tu peux donner aujourd’hui aux femmes qui ont des difficultés à avoir un enfant ?

Tout vient à point, à qui sait attendre ! Avoir des difficultés pour devenir maman n’est pas une fatalité mais une opportunité : celle de se rencontrer soi-même.

Et n’hésitez pas à faire appel à la médecine douce en parallèle de votre traitement médical. L’un n’empêche pas l’autre. Je dirais plutôt qu’ils se complètent.

Tu as carte blanche pour exprimer tout ce dont tu as envie au sujet de la PMA et de ton expérience. Que souhaites-tu dire ?

Deux bébés sont nés de ce parcours, ma fille et ma reconversion professionnelle.

Durant mon parcours, j’ai été blessée, écorchée vive dans ma féminité. Alors à la naissance de ma fille, j’ai voulu comprendre pourquoi ma vie était si chaotique. Je me suis longuement observée nue dans le miroir et le constat était flagrant : je ne savais plus qui j’étais.

Je me suis mise en quête de réponses à cette question : Qui suis-je ? Ma thérapie avec ma psychologue m’a apporté des premiers éléments de réponses.

En parallèle, le soir, une fois ma fille couchée, je faisais des recherches pour mettre des mots sur mes maux. Cette enquête m’a permis de comprendre pourquoi j’avais vécu autant de choses et je me suis retrouvée moi-même. Aujourd’hui j’adore aider les autres à prendre conscience de leur richesse. Je le fais notamment à travers mon métier de formatrice. Les rebondissements de ma vie m’ont permis de comprendre quelle était ma mission : aider les autres et surtout les femmes !

Je me suis toujours sentie extrêmement seule et incomprise, de manière encore plus exacerbée pendant mon parcours en PMA. C’est pourquoi je suis devenue écoute bénévole au sein de l’association Célia, avec l’idée déjà d’aller encore plus loin dans ma démarche.

Si certaines lectrices ont envie que je les accompagne dans une plongée au cœur d’elle-même, ça sera avec beaucoup de plaisir. Hypersensible, hyperémotive, intuitive, j’ai le don de claire sentence, ce qui me permet de mettre facilement des mots justes sur ce qu’elles ressentent. J’ai également des connaissances en psychosomatique et en lithothérapie. J’espère prochainement pourvoir débuter ma formation en soins holistiques et énergétiques pour ouvrir mon salon.

Je tenais également à témoigner pour mettre en lumière un autre aspect de la PMA : le don de gamètes. Ce sujet reste trop méconnu et tabou. J’aimerais inviter toutes celles qui sont dans notre entourage à se poser une question : pourquoi ne pas donner mes ovocytes ?!

Faute de donneuses, les délais sont très longs en France, de l’ordre de 3 à 4 ans. La majorité des couples en CECOS sont préalablement passés par un parcours éprouvant en PMA. Cela les oblige souvent à se tourner vers l’étranger, où les délais sont plus courts mais aussi très couteux. Alors j’espère que parmi les lectrices, certaines oseront contacter un CECOS en vue d’un don.

J’espère aussi sensibiliser les couples à donner leurs gamètes pour aider ceux qui n’ont pas la chance de connaître un parcours de la parentalité sans encombre. En faisant cela, ils leur offriront une chance de devenir parents et de vivre la fabuleuse aventure d’une grossesse.