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23 avril 2020 – Emilie

Peux-tu nous expliquer pourquoi tu as dû avoir recours à la PMA ?

J’ai rencontré mon mari en 2012 et nous avons rapidement décidé d’avoir un bébé.

Début 2013, je suis tombée enceinte naturellement. On s’en est rendu compte à plus de 3 mois de grossesse car je n’avais aucun symptôme et toujours mes règles. Un jour j’ai eu vraiment mal aux seins. J’ai donc fait un test de grossesse qui s’est avéré positif. Malheureusement, le jour de l’échographie on s’est aperçu que le cœur de notre bébé avait cessé de battre. J’ai dû avoir recours à un curetage pour le laisser partir.

Nous avons pris un peu de temps pour nous remettre de cette épreuve et nous avons recommencé à essayer naturellement jusqu’en 2016. N’étant toujours pas enceinte début 2016, nous avons décidé de consulter.

Combien de temps a duré ton parcours de PMA (combien de tentatives) ?

En tout cela nous aura pris 3 ans, si on compte seulement les années de protocole de PMA. J’ai eu 3 inséminations artificielles et la 3ème a été la bonne.

Peux-tu nous expliquer quelles ont été les différentes étapes de ton parcours ?

Avant de nous orienter vers la PMA, nous avons fait plusieurs examens (spermogramme, prises de sang, prélèvements vaginaux etc.) qui se sont avérés être normaux. La gynécologue en a conclu que nous étions dans un cas d’infertilité inexpliquée.

Elle nous a dirigé vers un centre de PMA tout en étant suivi au préalable par un psychologue en charge de s’assurer que notre couple était assez solide pour entrer dans ce protocole.

Nous avons commencé dans la foulée le traitement pour l’insémination. J’avais des piqûres quotidiennes à faire pour la stimulation ovarienne, des contrôles tous les deux jours et une dernière piqûre pour le déclenchement.

Le jour de l’insémination, les médecins m’ont injecté au fond de l’utérus les spermatozoïdes recueillis de mon mari après les avoir triés pour ne sélectionner que ceux de bonne qualité.

J’ai ensuite attendu 15 jours pour obtenir le résultat. Nous avons répété ce processus 3 fois : les 2 premières tentatives ont été vaines et la 3ème a été la bonne.

Où en es-tu aujourd’hui ?

Aujourd’hui je suis l’heureuse maman d’Elena, Enzo et Evan, des triplés de 9 mois qui sont nés le 16/07/19 à 34sa + 1.

Comment se fait-il que tu aies accouché de triplés ? Était-ce voulu/prévu ? Et quelle a été votre réaction à toi et ton mari quand vous l’avez su ?

La gynécologue avait acté que si cette 3ème insémination ne fonctionnait pas, elle nous ferait rentrer dans un protocole de FIV. Elle a donc opté pour un traitement de la dernière chance assez costaud. Au dernier contrôle avant de faire l’insémination, j’avais 3 gros follicules, donc 3 fœtus potentiels dans le cadre de l’insémination. Mais cela pouvait également échouer et ne donner aucun bébé. On a accepté de prendre le risque et cela a fonctionné !

Je me souviendrai toujours le jour de la 1ère échographie lorsque j’ai découvert que j’étais enceinte de triplés. Ma maman était avec moi car mon mari travaillait. Avant même que la gynécologue ne nous annonce la nouvelle, je les avais vus tous les 3 sur l’écran, je n’en revenais pas.

La gynécologue m’a alors sensibilisée sur la difficulté d’une grossesse multiple et m’a proposé d’effectuer une réduction qui consiste en l’injection d’un produit dans mon utérus pour stopper le cœur d’un ou deux fœtus, en sachant qu’il y a un risque pour la grossesse en elle-même.

Mon mari a un peu paniqué au début à l’idée d’avoir 3 enfants d’un coup mais on est tombé assez vite d’accord et on a décidé de les garder malgré les mises en garde insistantes de notre médecin. Après toutes ces années d’attente et de traitements, c’était impensable pour nous d’en éliminer ne serait-ce qu’un!

J’ai aussi eu la chance d’être intégrée dans un groupe de parents de triplés (et +) dans lequel j’ai reçu énormément de conseils, de soutien et cela nous a conforté dans notre choix.

Selon toi, pourquoi est-ce que cela a fonctionné au bout de tant de temps ?

Je pense que la 1ère tentative fonctionne rarement. Pour ce qui est de la deuxième, on n’avait pas de situation stable, pas de CDI, pas de gros revenus, un tout petit appartement et avec le recul je me dis que ça a probablement joué sur notre inconscient. De plus, on pensait énormément à notre désir d’enfant, tous les jours.

La troisième tentative, nous l’avons faite sans grande conviction et sans se poser trop de questions car on se disait que la FIV nous attendait ensuite. Cela nous permettait de relativiser. Notre situation était aussi plus confortable, nous avions chacun un CDI et une meilleure situation financière donc on était occupés tout en étant prêts psychologiquement à aller au bout. Et c’est là que ça a pris. Comme quoi le psychologique joue énormément.

Qu’est-ce qui a été le plus marquant pour toi dans ce processus ?

L’attente ! C’est très long d’attendre sans savoir si cela va fonctionner ou pas.

As-tu eu recours à des techniques complémentaires ? (Psychothérapie, Médecines douces, autres…)

Je suis allée voir plusieurs fois un magnétiseur mais cela ne m’a pas convaincue donc j’ai arrêté.

Quel est le conseil que tu peux donner aujourd’hui aux femmes qui ont des difficultés à avoir un enfant ?

Ne jamais perdre espoir ! Jamais ! Ça a été dur, ça a été long mais le résultat final en vaut la peine ! Ne lâchez jamais ! Votre miracle arrivera.

Tu as carte blanche pour exprimer tout ce dont tu as envie au sujet de la PMA et de ton expérience. Que souhaites-tu dire ?

J’ai souvent pleuré en voyant des femmes enceintes quand moi je n’y arrivais pas. Je les ai même détestées. J’en voulais à la terre entière. Et finalement le miracle est arrivé. Avec de la persévérance on y arrive.

Je conseillerais d’être soudé avec sa moitié. Il faut parler, exprimer ce qu’on a sur le cœur, ne pas garder les doutes et la tristesse pour soi, au risque d’exploser.

Un dernier conseil mais qui n’engage que moi : n’en parlez pas trop autour de vous, sauf si vous avez une totale confiance aux personnes en face. Celles et ceux qui ne passent pas par-là ne comprennent pas souvent notre vécu et nos ressentis. Ils ont parfois des mots durs, même si cela n’est pas intentionnel. Quand on est en plein protocole de PMA et sous traitement lourd, le mieux est de se protéger pour se donner toutes les chances de réussite.