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2 mars 2020 – Sylvie

Peux-tu nous expliquer pourquoi tu as dû avoir recours à la PMA ?

Lorsque mon mari et moi avions décidé d’avoir un enfant, nous ne pensions pas que cela prendrait autant de temps. J’étais jeune à l’époque, j’avais 22 ans et ma gynécologue ne semblait pas inquiète de la situation. D’après elle, cela pouvait parfois prendre du temps et étant donné mon âge et les résultats de mes différents examens gynécologiques, il n’y avait pas lieu de s’inquiéter.

Au bout de 2 ans je n’étais toujours pas enceinte et je commençais à m’impatienter. Un soir, j’ai reçu une cliente dans mon salon de coiffure, elle était enceinte et était tellement heureuse qu’elle s’est livrée à moi sur son parcours plutôt atypique pour l’époque. C’était il y a 26 ans et la PMA était peu répandue et surtout assez taboue. Comme nous étions seules, elle m’a tout raconté et m’a donné le nom de son médecin.

C’est à cet instant que je décidai d’aller le consulter à l’hôpital Port Royal, à Paris. Mon mari et moi avons commencé ce processus par une longue série d’examens dont un spermogramme pour lui et c’est là que nous avons découvert un déficit de son côté.

Mon parcours a débuté par une insémination. Je suis tombée enceinte tout de suite mais au bout de 2 mois j’ai fait une fausse couche. A partir de là, les internes ont pris le relai et plus aucune insémination n’a fonctionné. Ça a été la descente aux enfers car chaque intervention réalisée me générait beaucoup de souffrances.

Combien de temps a duré ton parcours de PMA (combien de tentatives) ?

En tout j’ai eu 6 inséminations, sans succès. Il a donc été décidé de pratiquer une FIV qui me promettait plus de chances de succès. Mais là encore, les tentatives furent vaines.

Lors de la 1ère FIV il n’y a eu aucun transfert d’embryon, ça n’avait pas pris. Pour la 2ème FIV, 2 œufs de 48h m’ont été transférés. Des embryons de 2 jours c’est très jeune mais les médecins avaient remarqué qu’ils n’étaient plus viables au-delà de ce délai et donc au lieu de les perdre ils ont préféré leur donner une chance de survie en me les transférant au plus tôt. Sans succès encore une fois.

Cela faisait bientôt 8 ans que j’essayais de tomber enceinte et 6 ans que j’avais commencé le protocole de PMA. J’étais fatiguée moralement et physiquement. Je trouvais aussi que la prise en charge par les internes à l’hôpital laissait à désirer. Les interventions étaient douloureuses et j’avais l’impression que cela ne dérangeait personne.

J’étais sur le point d’abandonner quand je décidai d’aller voir ma gynécologue une dernière fois, pour un bilan. Lors de cet échange, elle me proposa une dernière insémination avant de passer à une autre technique, nommé ICSI* (FIV avec micro-injection intracytoplasmique). Je n’étais plus motivée pour recommencer un nouveau protocole et sans les encouragements de mon mari, je n’aurais sûrement pas accepté de faire cette dernière insémination en 1998. J’avais 30 ans et je suis tombée enceinte de jumeaux. Je ne remercierai jamais assez ma gynécologue qui a été très douce, contrairement aux expériences que j’avais eues à la clinique.

Où en es-tu aujourd’hui ?

J’ai 50 ans et mon fils vient d’en avoir 20. Son frère jumeau est décédé d’une méningite à l’âge de 4 ans. Je pense que cela a généré un manque chez lui et quand, à l’âge de 6 ans, il m’a demandé de lui faire un petit frère ou une petite sœur, je n’ai pas pu refuser. Mon mari y était également favorable.

Nous savions tous deux ce que cela représentait pour moi en termes de traitements et de souffrances. J’ai accepté d’essayer à condition de ne pas rentrer de nouveau dans un processus de PMA. Ce serait un enfant conçu naturellement ou rien. Au bout de quelques mois improductifs, je suis retournée voir mon médecin, pour un simple check. J’étais enceinte de jumeaux, j’avais 37 ans.

Aujourd’hui j’ai 3 beaux garçons. Mes deux derniers ont 13 ans.

Selon toi, pourquoi est-ce que cela a fonctionné au bout de tant de temps ?

Déjà, je pense que l’aspect psychologique joue beaucoup. Sans le soutien moral de mon mari je ne serais pas allée au bout et j’aurais arrêté d’y croire. Ce qui est également marquant c’est que pour ma 2ème grossesse, j’étais beaucoup moins stressée car nous étions déjà parents et bizarrement je suis tombée enceinte naturellement. Le lâcher prise a été bénéfique.

Ensuite, le praticien joue aussi beaucoup dans la réussite du projet. Si on ne se sent pas soutenu ni accompagné, cela ne fonctionne pas. J’en suis convaincue. Il faut se sentir en confiance face à quelqu’un de consciencieux et d’humain.

Qu’est-ce qui a été le plus marquant pour toi dans ce processus ?

L’importance de la cohésion de couple. Le parcours de PMA nous a énormément soudés mon mari et moi. C’est lui qui me faisait mes piqûres car cela lui permettait de participer activement à la mise au monde de notre bébé. Malgré les souffrances encourues, la PMA nous a beaucoup rapprochés et sans son soutien je ne serais sûrement pas maman aujourd’hui.

Au-delà de ça, la prise en charge peu « humaine » à l’hôpital m’a aussi beaucoup marquée. J’avais le sentiment que pour les internes c’était la routine alors que pour moi, c’était mon futur bébé qu’on m’inséminait ! Je souffrais à chaque intervention sans que cela ne semble déranger qui que ce soit. Je me souviens d’une fois où l’interne qui me faisait l’insémination racontait à ses collègues ce qu’il avait déjeuné à midi…

As-tu eu recours à des techniques complémentaires ? (Psychothérapie, Médecines douces, autres…)

Non. Cela ne se faisait pas à l’époque. Si c’était aujourd’hui, je ferais appel aux médecines douces sans hésiter.

Quel est le conseil que tu peux donner aujourd’hui aux femmes qui ont des difficultés à avoir un enfant ?

Je leur conseillerais de ne pas lâcher, d’être patiente et de ne pas y penser même si je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire. Je leur dirais aussi de ne pas hésiter à parler à des gens compétents comme des thérapeutes pour se libérer l’esprit et d’essayer les médecines douces, les massages ou encore le yoga pour apaiser le corps qui est mis à rude épreuve.

As-tu une anecdote à partager sur ton parcours en PMA qui pourra donner le sourire à ces femmes ?

La veille de ma dernière insémination, mon mari m’a fait la piqûre à un mariage. Nous étions aux WC. Il avait tellement pris l’habitude de les faire que cela ne nous a posé aucun problème même si c’était quand même assez insolite comme endroit. Nous en rions aujourd’hui car c’est cette dernière piqûre qui m’a permis de tomber enceinte la première fois !

Tu as carte blanche pour exprimer tout ce dont tu as envie au sujet de la PMA et de ton expérience. Que souhaites-tu dire ?

J’aimerais ajouter qu’au-delà de la souffrance endurée par les femmes lors d’un processus de PMA, celle des hommes est aussi à prendre en compte. On a tendance à les laisser de côté car on part du principe que ce ne sont pas eux qui subissent les traitements. Mais ils ont autant besoin que nous d’être accompagnés. Ils veulent autant que nous devenir parent et se sentent souvent impuissants car incapables physiquement de nous venir en aide. Avec du recul, je réalise à quel point cela a dû être difficile pour mon mari de trouver sa place dans ce processus.