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18 novembre 2019 – Comme une junky

La particularité du protocole de PMA est qu’il vous met dans des situations improbables, souvent propices à en rire. Si on regarde le verre à moitié plein, on se dit que finalement ce processus nous fait sortir de notre zone de confort et nous amène à considérer la vie sous un angle différent.

J’ai réalisé cela hier, quand, toute seule au volant de ma voiture de retour chez moi, je dû m’arrêter sur une aire d’autoroute pour mettre de l’essence dans mon véhicule et procéder à ma piqûre quotidienne de Progiron.

Au-delà de la seringue, du flacon médicamenteux et du désinfectant dissimulés dans mon sac à main, je dû faire face aux regards désapprobateurs des femmes de la file d’attente dès lors que je sortais des WC publics dans lesquels j’étais enfermée pendant plus de 10 minutes afin de pratiquer mon injection.

Le bruit inévitable de l’emballage de la seringue, du flacon de verre posé à même le sol aux yeux de toutes grâce au trou béant laissé au bas des portes, et le temps passé pour parvenir à planter l’aiguille dans mon ventre déjà meurtri, n’ont laissé aucun doute possible à mes congénères impatientes.

Mais comment expliquer à ces femmes que non, je ne me drogue pas et que la seule chose dont je suis accro c’est de ce désir d’avoir un enfant m’infligeant ces situations cocasses voire honteuse ? Le fait de ne pouvoir donner naturellement la vie comme près de 90% des françaises n’est déjà pas évident à accepter mais si en plus on doit justifier tout acte suspect, ne serait-ce pas là la fin du semblant d’intimité qu’il me reste ?

Alors je décide d’en rire. Je sors de mon cabinet sourire aux lèvres, le regard droit devant, le menton haut, avec un grand soupir de soulagement comme ces drogués qui viennent de prendre leur shoot d’héroïne. A la différence que je viens de prendre mon shoot de progestérone et que la satisfaction et la fierté d’y être arrivée seule me fait prendre conscience qu’à cet instant l’héroïne, c’est moi.