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12 novembre 2019 – Progiron

 

Nous, femmes de PMA, nous demandons souvent ce que nous avons fait dans une autre vie pour mériter autant d’acharnement. Acharnement du destin et acharnement thérapeutique aussi. C’est l’un des rares cas dans lesquels nous ne sommes pas malades à proprement parler mais où nous nous infligeons autant de traitements, de RDV médicaux et d’examens. Car l’espoir est un moteur puissant. On se dit que cette fois-ci sera la bonne, étant donné la différence de protocole comparé à la dernière fois. Car comme disait Albert Einstein « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ».

Pour le dernier transfert d’embryon de notre 2ème FIV (il n’en reste qu’un), je suis suivie pas un autre gynécologue. Celle qui nous suit habituellement est en arrêt maladie.

Nous avons donc été dirigés vers un autre médecin, déjà rencontré lors d’une précédente intervention, et qui donc connait suffisamment mes organes reproducteurs et leurs spécificités pour mener à bien cet ultime transfert. Le traitement prescrit est légèrement différent : en plus du Provames, il me demande de prendre un sachet d’Aspégic 100mg par jour (destiné aux nourrissons) afin d’améliorer le flux sanguin et de favoriser la nidation. Ce traitement dure 15 jours avant de faire l’échographie et la prise de sang de contrôle et d’enclencher la prise de progestérone sous forme de capsules par voie vaginale.

La veille du jour J, alors que je suis chez moi à Nantes, nouvellement installée et prête à prendre le TGV pour Paris afin de procéder à ce 6ème transfert, je reçois un coup de fil de l’assistante de mon gynécologue m’informant que les résultats de ma prise de sang révèlent un taux de progestérone trop bas. Il faut donc que je prenne de la progestérone en sous cutanée dès le soir même et en supplément de mon traitement actuel. Par piqure donc. Encore.

Il est 16h, mon train part dans 4h, je dois me faire cette piqure entre 18h et 20h. Jusqu’ici rien d’insurmontable. Sauf quand le pharmacien de votre nouveau quartier vous annonce qu’il n’a pas ce médicament, qu’il faut le commander et que d’ailleurs personne à Nantes ne l’a. Cerise sur le gâteau, c’est un médicament non remboursé et il faudra débourser 70€ par boite de 7 flacons. Pour un traitement qui durera minimum 15 jours, et qui sera prolongé si le Test de grossesse s’annonce positif, les compteurs peuvent vite s’emballer.

Je rappelle l’assistante, paniquée à l’idée que cette nouvelle tentative puisse échouer parce que j’ai décidé de partir vivre hors de la région parisienne justement pour me donner plus de chances de fonder la famille dont je rêve. Cette dernière, étonnée, répond instinctivement, mais somme toute très gentiment, que c’est sûrement parce que je vis en Province. A Paris ce traitement est monnaie courante.

Elle me demande si je peux modifier mon billet de train pour rentrer plus tôt à Paris et aller dans une pharmacie « normale » qui aura mon Graal à disposition. En cette période de grève, je ris jaune. Elle me conseille alors d’aller à la pharmacie ouverte 7 jours sur 7 et 24h/24h à place de Clichy, dès mon arrivée dans la capitale, soit à 22h30 la veille du transfert prévu à 9h45 le lendemain.

Je tente d’appeler la pharmacie pour réserver le fameux traitement, de peur qu’une autre patiente aussi désespérée que moi me double sur la ligne d’arrivée. En vain. La sonnerie retentit dans le vide tandis que le fluide lacrymal se déverse sur mes joues vidant les réserves que j’avais nouvellement accumulées dans le cas d’un nouvel échec.

Le destin ne s’acharne pas toujours, heureusement, et je parviens à obtenir le traitement dans la fameuse pharmacie à 23h. allégée de 120€ pour deux boîtes (bizarrement les prix parisiens sur ce type de produits sont plus raisonnables qu’en « Province »), nous repartons avec mon homme nous reposer avant la grande étape du lendemain. Petit Hic : seuls les flacons m’ont été donnés, pas les seringues. Et ce constat le lendemain me liquéfie. Mon nouveau médecin ma rassure et me prescrit les seringues (non remboursées évidemment) pour le jour même. Un embryon transféré et 3 pharmacies plus tard, je rentre enfin chez mes beaux-parents, épuisée, mes seringues en main. Mon train retour est dans 4 heures, juste le temps de m’allonger et de prier pour que cette fois soit la bonne. Après tant d’épreuves surmontées avec brio, on se dit que la vie sera clémente, cette fois.

Je suis donc actuellement au 5ème jour post-transfert et toujours sous : Provames + Aspégic 100mg + Progestan + Progiron. Avec un tel cocktail d’hormones je suis étonnement de bonne humeur. Sûrement l’air de la « Province » qui me réussit…en espérant que cela aboutira à un Test positif dans 7 jours.