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10 novembre 2020 – Sylvain

Peux-tu nous expliquer pourquoi tu as dû avoir recours à la PMA ?

Ma femme et moi souhaitions avoir un enfant depuis le début de notre relation. Cela a toujours été une envie depuis notre rencontre à 22 ans. Pendant plusieurs mois nous avons essayé d’avoir un enfant naturellement sans succès. Ces difficultés, cumulées à différents soucis dans notre couple, nous ont amenés à nous séparer à 30 ans.

Pendant ces 2 ans de rupture, ma femme a cherché à comprendre quelles étaient les raisons de nos difficultés. Selon elle, le souci venait d’elle car depuis toute petite elle avait des problèmes de règles très précoces non résolus par les médecins de l’époque. En creusant elle s’est rendu compte qu’elle avait un hémangiome utérin, une pathologie rare sur laquelle nous avions peu de recul (3 cas recensés et aucun n’avait eu d’enfant jusqu’alors). Elle s’est fait opérer dans la foulée.

2 ans plus tard, nous nous sommes remis ensemble, plus solides qu’avant. Nous avons souhaité reprendre là où nous nous étions arrêtés et construire notre famille. Nous savions, suite à l’opération de ma femme, que nous devions être accompagnés et nous sommes entrés dans un processus de FIV.

Combien de temps a duré ton parcours de PMA (combien de tentatives) ?

4 ans de tentatives au total dont 3 ans de FIV : 2 FIV et 8 embryons en tout. C’est le dernier transfert qui a été le bon.

Où en es-tu aujourd’hui ?

Aujourd’hui nous avons un petit garçon de 4,5 mois qui illumine notre vie.

Qu’est-ce qui a été le plus marquant pour toi dans ce processus ?

L’accouchement car il s’est très mal passé. Ma femme a failli mourir des suites d’une hémorragie qui lui a valu 4 heures de bloc et 2 jours en réanimation pendant lesquels j’ai bien cru que j’allais élever un orphelin. Ça a été un choc énorme.

Concernant le processus de PMA en tant que tel, c’est l’ascenseur émotionnel de chaque étape qui m’a marqué : les piqûres, la ponction, le résultat du nombre de follicules, puis le nombre d’ovocytes, puis le nombre de blastocytes, le transfert et enfin le résultat de la prise de sang. A chaque fois, nous faisions les montagnes russes.

Le plus difficile a été de gérer ma déception pour ne pas empirer celle de ma compagne. Je voulais la rassurer alors qu’elle culpabilisait à chaque fois. J’étais dans cette posture car mes examens montraient que je n’avais pas de problèmes de fertilité et je ne voulais pas que me femme endosse toutes les responsabilités en plus des traitements. Plusieurs fois, j’ai eu le droit à des remarques du type « qu’est-ce que tu fais avec moi ? Tu n’auras sûrement pas d’enfant si tu restes ». Il m’a fallu trouver les mots et les gestes à chaque fois pour nous aider à sortir la tête de l’eau, ne pas rester focalisés sur nos échecs.

J’ai souvent pris l’exemple de mes parents qui, en tant que couple, sont passés par des épreuves similaires. Plus jeunes, avant de m’avoir, ils ont eu un 1er enfant qui est décédé 3 jours après sa naissance. S’en est suivi 4 ans de fausses couches et de déceptions avant d’avoir ma grande soeur. Ils ont vécu d’autres épreuves comme le cancer du sein de ma mère et ils sont toujours restés soudés malgré les difficultés. Les leçons tirées de ce parcours de vie est qu’il faut « apprendre à danser sous la pluie » pour reprendre la citation de Sénèque. J’ai été élevé dans ce schéma et si je suis avec ma femme c’est parce que je l’aime et que j’ai confiance en elle pour affronter ces épreuves. Un enfant n’était pas une fin en soi, même si j’en voulais un. Je n’ai pas choisi une machine à faire des bébés mais une compagne de vie pour les moments heureux et moins heureux de notre vie. J’ai beaucoup insisté là-dessus.

Quel est le conseil que tu peux donner aujourd’hui aux hommes qui entrent ou qui sont dans un processus de PMA ?

Mon 1er conseil est d’accompagner sa femme dans tous les RDVs médicaux pour montrer son implication et son soutien. Dans un couple en PMA, l’homme et la femme sont tous les 2 concernés. C’est un projet qui se construit à deux. Mais la vie est injuste car en tant qu’homme on est peu impactés physiquement par ce processus alors que la femme subit tout. Elle le vit dans sa chair plus que nous. Selon moi, montrer son implication est important, c’est un soutien moral indispensable et malheureusement tous les hommes ne le font pas, selon les dires des médecins qui nous suivaient.

Mon 2ème conseil est de ne pas hésiter à en parler. La PMA est un processus pas évident à vivre en tant qu’homme même si on essaie de faire bonne figure et de coller à cette image patriarcale de l’homme fort. Si en parler avec un ami ou la famille aide parfois, ça peut aussi être compliqué, car ils sont concernés indirectement et peuvent manquer d’objectivité dans leurs conseils. C’est aussi difficile de voir ses amis construire leur famille pendant que vous, vous attendez sur le quai que votre train passe.

N’hésitez pas à aller voir un psy, un coach ou un thérapeute pour vous livrer, désamorcer vos émotions et continuer à avancer. Ça aide aussi à préserver le couple.

Aujourd’hui, et avec le recul, je réalise que cette épreuve a renforcé notre relation.  On savoure ce que nous avons. On accueille notre bonheur comme il se doit.

Tu as carte blanche pour exprimer tout ce dont tu as envie au sujet de la PMA et de ton expérience. Que souhaite-tu dire ?

C’était difficile, long et rien ne nous garantissait que nous allions y arriver. C’est en acceptant cela que nous avons pu lâcher prise et même envisager notre vie autrement, sans enfants.

Bizarrement, c’est à ce moment là que le transfert a fonctionné…